De passage à Paris pour la rencontre face au Stade Français, l’équipe dirigeante de Perpignan a présenté son ambition pour les années à venir : pérenniser les ressources du club champion de France. Si l’USAP est en passe de gravir un échelon avec une audience élargie en dehors de ses Pyrénées-Orientales, sa situation contraste avec d’autres formations. A Bourgoin notamment, les partenaires locaux restent à ce jour la seule voie de salut. Il faudra pourtant au CSBJ élargir lui aussi son champ d’investitagtion pour assurer son avenir dans l’élite…

Nous voulons transformer l’essai. Paul Goze, président de l’USAP, entend capitaliser sur le titre de champion de France conquis par son club. Un club dont l’image avait déjà changé la saison dernière avec l’arrivée du Néo-Zélandais Daniel Carter, considéré comme le meilleur joueur du monde. Mais Paul Goze veut aller plus loin. Notre situation géographique est à la fois un atout pour nous et un handicap, indique-t-il. Sans rival localement, le club capte toute l’attention et fédère les énergies avec près de 400 entreprises partenaires. Mais il est aussi éloigné géographiquement des centres de décision, malgré un budget de 16 millions d’euros qui le situe dans le peloton de tête du Top 14. Le travail sur le plan local est fait, indique le président catalan. Nous voulons passer à la vitesse supérieure et nous développer au plan national. Le club s’appuie pour cela sur l’agence Sportys. Une structure qui intervient en relais de l’USAP auprès des entreprises, indique Bruno Molinas, président de Sportys. La conclusion d’un partenariat avec Axa, une entreprise de dimension nationale, démontre que l’USAP peut servir de relais marketing au-delà du cadre régional, insiste ce dernier. Cette nouvelle dimension du club s’accompagne d’une hausse des recettes marketing. Le ticket d’entrée pour figurer sur le maillot catalan est fixé à 300.000 euros. Compter au moins un million d’euros pour devenir le partenaire principal.

Ce cap, un club comme Bourgoin aimerait lui aussi le franchir. En début de saison, il s’en est fallu de peu que le Top 14 perde le club berjallien suite au retrait de son actionnaire principal et mécène, Pierre Martinet. De reprises manquées en lettres d’intention non suivies d’effet, le club a trouvé son salut dans l’intervention d’un nouveau mécène, Gaston Maulin. Ancien président du club, l’iconoclaste homme d’affaires a fait accepter une baisse de salaires de 15% aux joueurs, injecter 700.000 euros dans les caisses et fait jouer son carnet d’adresses pour sauver le club.

Gilles Portelle : La richesse du rugby repose sur sa capacité à fédérer en région

La présence d’un mécène à la tête d’un club n’est pas une exception. C’est même une règle dans le rugby professionnel. Que se passerait-il si Mourad Boudjellal quittait le RC Toulon ? Quel serait l’avenir du Racing-Métro sans Jacky Lorenzetti ? L’économie du rugby est bâtie autour de personnalités capables de fédérer autour d’eux, analyse Gilles Portelle, Directeur général de Havas Sport & Entertainement. Au rugby, le support national pour un partenaire c’est la Ligue, explique-t-il. Le spécialiste du marketing sportif note que la richesse du rugby repose sur sa capacité à fédérer en région. Une richesse, certes, mais insuffisante.

Pour démarcher les entreprises, nous nous appuyons sur l’épisode de cet été, indique Julien Bonnard, Directeur marketing et commercial du CSBJ. Nous mettons en avant les valeurs du club comme la solidarité et la combativité que les entreprises peuvent parfaitement reprendre dans leur communication interne. Bourgoin lance deux actions de terrain pour mieux fédérer encore. Avec la CCI Nord Isère, il vient de mettre sur pied un club affaires pour les partenaires à destination des 15.000 entreprises de la zone. Le but est de favoriser les relations d’affaires entre les membres grâce à des manifestations comme un tournoi de golf, une séance de dégustation de vin ou un déplacement en Coupe d’Europe du club, détaille Julien Bonnard. Pour assainir les finances du club berjallien, une association En Rajon Nous ! a été lancée afin d’inciter les entreprises à faire un don défiscalisé. Le local encore et toujours… Aujourd’hui, Bourgoin dénombre 250 partenaires qui apportent 4 millions dans les caisses du club sur un budget de 10 millions d’euros. Sans partenaire national, il sera difficile de dépasser ce ratio.