Une enquête sur la pratique physique et sportive en France, commanditée par le CNDS et le ministère en charge des sports, a été réalisée par la Mission des Etudes, de l’Observation et des Statistiques (MEOS) et le Laboratoire de sociologie du sport de l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP) qui en ont assuré la maîtrise d’œuvre. Elle vise à décrire la pratique physique et sportive au sens large, qu’elle soit autonome ou encadrée, intensive ou occasionnelle, à faire apparaître la plus grande diversité de pratiques physiques et sportives et à caractériser le profil socio-démographique des pratiquants et des non-pratiquants. Les premiers résultats viennent d’être rendus publics. Morceaux choisis.

L’engouement pour les activités physiques et sportives en France est réel. L’étude le prouve. Ainsi, près de 65 % des personnes âgées de 15 ans et plus et résidant en France, soit au total 34 millions d’individus, ont pratiqué de manière soutenue une activité physique ou sportive lors des douze derniers mois précédant l’enquête : c’est-à-dire au moins une fois par semaine, et ce tout au long de l’année. «Parmi ces personnes, celles qui ont une pratique intensive (plus d’une fois par semaine) représentent 43% de la population de référence. Ces pratiquants n’exercent pas systématiquement leur activité dans une structure et ne font pas nécessairement des compétitions sportives. Ceux qui le font ne constituent qu’une frange minoritaire : 8% de la population des 15 ans et plus. Les pratiquants réguliers, qui exercent une activité physique ou sportive une fois par semaine, représentent un peu plus d’un cinquième de la population (22%) et le font de manière autonome dans deux cas sur trois.» Brice Lefèvre de l’INSEP et Patrick Thiery de la MEOS indiquent qu’une part importante des personnes interrogées déclarent ne pratiquer qu’occasionnellement une activité physique ou sportive : ainsi, pour un individu sur cinq, la fréquence de la pratique des activités est inférieure à une fois par semaine, voire une fois par mois. «Au total, 89% des personnes âgées de 15 ans et plus ont déclaré au moins une APS même occasionnelle dans les douze mois ayant précédé l’enquête. Ce taux global comptabilise également les personnes ayant pratiqué uniquement pendant leurs vacances une activité physique ou sportive (5%). Il est à noter que la marche (balade de loisir, de détente ou utilitaire), à l’opposé des marches sportives, des randonnées pédestres ou en montagne, est pratiquée par un nombre important de personnes qui n’exercent aucune autre APS (12% des 15 ans et plus).»

1,5 million de personnes ne pratiquent une activité physique qu’à des fins strictement utilitaires

Par ailleurs, près de 1,5 million de personnes de 15 ans et plus ne pratiquent une activité physique (marche, vélo ou vtt, moto) qu’à des fins strictement utilitaires. «C’est le plus souvent un choix, mais parfois une obligation, dans le cadre de déplacements domicile-travail ou domicile-école ou pour des raisons de santé.» Plus des deux-tiers des pratiquants ne sont pas adhérents d’une structure (association ou club privé marchand). «Il est intéressant de noter que cette proportion est presque aussi élevée pour les pratiquants réguliers ou intensifs (respectivement 66% et 62%). De plus, les pratiquants d’une APS n’ont recours à un moniteur, professeur, éducateur ou animateur pour l’exercice d’une ou plusieurs APS que dans 33 % des cas.»

«En revanche, les individus adhérents à une structure ont une pratique encadrée dans près de 80 % des cas.» La participation à des compétitions officielles ou à des rassemblements sportifs est le fait d’un peu plus de 9 millions de personnes, soit 20% de l’ensemble des pratiquants. «Ces personnes sont majoritairement (67%) affiliées à une structure, et leur pratique est le plus souvent encadrée (6 pratiquants sur 10).»

En lien direct avec les disciplines les plus pratiquées, que sont la marche, le vélo, la course et la natation, les lieux de pratiques cités par l’ensemble des personnes enquêtées sont majoritairement des lieux de nature, forêt, bois, mer, lac, montagne et campagne. «Ce constat est encore plus marqué si l’on s’intéresse aux disciplines exercées pendant les vacances.»

Marcheurs et vacanciers : des pratiquants bien spécifiques

Les marcheurs et les «utilitaires» exclusifs, qui ne pratiquent aucune autre activité, ainsi que les personnes qui ne font du sport qu’en vacances constituent des sous-populations particulières. Ils pèsent de manière conséquente sur le taux de pratique globale. «Les marcheurs et les «utilitaires» exclusifs pratiquent le plus souvent de manière intensive (respectivement 64% et 81% d’entre eux), mais ne font quasiment jamais partie d’une structure sportive publique ou privée.» L’étude relève que les personnes qui ne pratiquent une APS que pendant leurs vacances le font très occasionnellement et s’adonnent à des disciplines le plus souvent qualifiées de loisir ou de détente (marche, vélo, natation ou baignade). En 2010, le palmarès des principales activités physiques ou sportives citées par les personnes interrogées est globalement comparable à ceux observés dans les enquêtes nationales de 2000 et 2003. Le quatuor marche/natation/vélo/jogging et footing arrive nettement en tête et, reflète, au sein de la société française, les principales motivations qui poussent les individus à pratiquer une APS : le loisir, la détente et l’entretien physique.

La marche de loisir concerne la moitié des personnes interrogées, et la marche utilitaire, pratiquée souvent de façon assidue, en touche près d’un quart. In fine, l’activité marche se positionne loin devant les autres disciplines déclarées. «Avec un engagement physique plus fort, on relève également des activités proches de la marche, mais plus sélectives comme la randonnée pédestre (9%) et la randonnée en montagne (6%), cette dernière étant le plus souvent exercée dans le cadre d’une villégiature», notent les auteurs. La natation de loisir et le vélo de loisir touchent un peu plus d’une personne sur cinq. Avec plus d’une personne sur dix, viennent ensuite la baignade et la pétanque pour les vacances estivales, et pour les congés d’hiver, le ski alpin. Par ailleurs, l’engouement pour le footing et le jogging ne se dément pas (16% de personnes qui le pratiquent). Le football, première fédération sportive unisport en nombre de licenciés, est également cité dans près de 10% des cas. «Enfin, avec moins d’une personne sur dix, sont présentes des activités à fréquence de pratique élevée comme la musculation et le vélo utilitaire, des activités de nature comme le VTT de loisir et la pêche, puis le tennis et le tennis de table, ce dernier étant pratiqué de façon privilégiée en vacances.»

Les hommes pratiquent de manière plus intensive que les femmes

«Le rapprochement entre les caractéristiques sociales des personnes et les différentes formes d’investissement et d’institutionnalisation de la pratique confirme l’existence d’un lien entre le profil social des personnes et leurs pratiques. Ainsi, l’âge, le sexe, le revenu, le diplôme possédé et la catégorie socioprofessionnelle sont des facteurs prépondérants dans la relation qu’entretiennent les individus avec l’activité physique ou sportive.» Les hommes se déclarent un peu plus souvent pratiquants (91%) que les femmes (87%). «Cet écart serait beaucoup plus important si l’on excluait certaines pratiques périphériques (pratique exclusive de marche ou d’activités utilitaires).» En moyenne, les hommes pratiquent de manière plus intensive : 46% d’entre eux ont une APS plus d’une fois par semaine, tandis que cette proportion est de 40% chez les femmes. «La différence la plus marquée concerne le niveau de participation à des compétitions ou manifestations sportives : un peu plus d’un homme sur quatre participe à de tels évènements, alors que l’on compte seulement une femme sur dix. En revanche, les femmes ont plus souvent recours à un encadrement, à l’instar d’autres pratiques culturelles.» L’âge est également très discriminant. Si les seniors (50 ans et plus) continuent à avoir une pratique intensive (44%) comparable à celle de l’ensemble de la population, ils pratiquent beaucoup moins souvent au sein d’une structure (18%) ou de manière encadrée (17%), et participent peu à des compétitions ou manifestations sportives (9%). «A l’opposé, presque la moitié des 15-29 ans est inscrite dans une structure privée ou associative, a une pratique encadrée et près d’un sur trois s’engage dans des compétitions ou des rassemblements.»
Les cadres ou professions intellectuelles supérieures, ainsi que les professions intermédiaires font plus de sport

Les cadres ou professions intellectuelles supérieures, ainsi que les professions intermédiaires ont des taux de pratique d’activités physiques ou sportives globalement plus élevés que les autres catégories socioprofessionnelles. Les niveaux de diplôme et de revenu, notamment, sont des caractéristiques sociales prépondérantes, soulignent Brice Lefèvre de l’INSEP et Patrick Thiery de la MEOS. «Chez les diplômés de l’enseignement supérieur et les personnes aux revenus les plus hauts, on observe les taux de pratique les plus forts (au moins 96%), et l’écart avec les autres catégories de la population serait encore plus important si on excluait les activités périphériques. Ces personnes sont deux fois plus souvent inscrites dans une structure ou encadrées pour leur activité (environ 40 %) que les pratiquants ayant les plus bas revenus ou niveaux de diplôme (près de 20 %). Leur taux de participation à des compétitions ou à des manifestations sportives est aussi bien plus élevé (environ un quart).»
Méthodologie

La collecte proprement dite a été menée par téléphone au 1er trimestre 2010 par un institut de sondage, sur la base d’un sondage aléatoire, auprès d’un échantillon représentatif de 8 510 personnes âgées de 15 ans et plus, résidant en France métropolitaine ou dans les départements d’outre-mer. Le mode de recueil des données est comparable à celui de l’enquête menée en 2000. Chaque personne s’étant déclarée pratiquante a été invitée à citer l’ensemble des disciplines pratiquées, même occasionnellement, dans les 12 mois précédant l’enquête, qu’il considérait lui même comme physiques ou sportives. Pour chacune des disciplines énumérées, plusieurs questions permettant de la caractériser ont été posées. Une large liste d’activités a été proposée à l’ensemble des personnes interrogées afin de pallier certaines omissions. Une série de variables socio-économiques permet de déterminer le profil social des pratiquants et des non-pratiquants. Les motifs de la pratique mais aussi de la non-pratique ont été demandés. Quelques questions sur l’accidentologie dans le sport ont été posées.