Le Pôle Ressources National Sport et Handicaps (PRNSH) a mené il y a quelques mois une enquête auprès de onze fédérations unisports et une fédération multisport (*) afin de connaître le degré de prise en compte des personnes handicapées physiques et mentales au sein du milieu associatif sportif. S’il ne fait aucun doute qu’il existe des relations importantes en termes d’échanges humains et de savoir-faire entre les fédérations sportives homologues et spécifiques (FFH, FFSA), force et de constater que la formation des dirigeants et l’encadrement spécifique des publics handicapés pêchent dans la plupart des fédérations observées. Plus inquiétant : certaines fédérations homologues ne savent toujours pas comment appréhender les publics handicapés.

Aperçu des moyens humains

«Les données recueillies ne permettent pas de fournir d’éléments précis sur le nombre de cadres d’Etat et fédéraux ayant une activité vers les publics handicapés», regrette le PRNSH. «Cependant, la majorité des fédérations ont un référent handisport. Et dans la mesure où une politique de développement vers les personnes handicapées est affichée, le référent a un rôle essentiel sur les activités mise en place.» Le Pôle Ressources relève par ailleurs que le développement d’un réseau en direction des régions est fréquent.

Etat des lieux des fédérations ayant des objectifs partagés en direction du public handicapé

75% de l’ensemble des fédérations interrogées ont au moins un objectif partagé en direction du public handicapé. «Nous n’avons pas d’informations précises sur les raisons officielles pour lesquelles 25% des fédérations n’ont pas retenu d’objectifs partagés avec le ministère. Cependant, certaines d’entre elles (comme la FFTT et la FFR) ont une analyse avancée sur le thème et des actions en places.» Sur les 9 fédérations ayant un objectif partagé, 8 d’entre elles ont établi au moins un plan d’action vers le développement de l’activité pour les personnes handicapées (voir encadré). Le Pôle Ressources National Sport et Handicaps indique également que sur les 9 fédérations ayant un objectif partagé, 3 d’entre elles (Aviron, Judo et Equitation) ont défini un plan d’action vers le développement de la pratique du haut niveau en direction des personnes handicapées. Enfin, une seule a défini un plan tendant à développer la formation. C’est l’UNSS avec comme action «favoriser l’arbitrage par les personnes en situation de handicap».

Etat des lieux de l’ensemble des fédérations sur la réalité des activités proposées, en direction des publics handicapés

Le Pôle Ressources National Sport et Handicaps a relevé différents indices permettant d’évaluer l’implication des fédérations dans la prise en compte des personnes handicapées. «Ces indices sont des valeurs arbitraires représentant l’investissement relatif aux capacités d’accueils, aux activités menées, aux échanges humains et de savoir-faire», précise le Pôle qui a relevé des informations concernant les activités de développement, les actions en direction du haut niveau et celles vers la formation.

S’agissant du développement et des capacités d’accueil, le recensement des pratiquants en situation de handicap est jugé complexe. Il peut même être ressenti comme discriminatoire. Ainsi, le PRNSH n’a aucune donnée précise sur le nombre de pratiquants, en situation de handicap, exerçant une activité physique et sportive. «Il est aussi difficile de donner un chiffre précis des structures pouvant accueillir des publics handicapés. Cependant, les fédérations ont la volonté de recenser les clubs ou établissements capables d’accueillir ces publics.» Ces difficultés sont essentiellement liées, à ce jour, au manque d’outils d’analyse et à la structuration même du système associatif. L’utilisation du site www.handiguide.gouv.fr pourrait permettre de faire évoluer cette situation.

Par ailleurs, les activités menées par les fédérations sont principalement : des échanges au travers de partenariats avec les fédérations spécifiques (FFH et FFSA) et les instituts médicaux spécialisés ; le développement de la communication auprès des régions sur le potentiel d’accueil des personnes handicapées ; le développement d’une offre de pratique mixte (valide/handicapé) et commune aux sportifs valides. Un exemple significatif : sur les 12 fédérations étudiées, 11 s’entre-elles développeraient une activité en faveur des publics handicapés. Faux, selon le PRNSH qui cite l’exemple de la Fédération Française de Basket-ball. La FFBB ne s’implique pas directement sur des actions de développement vers le public en situation de handicap puisque le basket fauteuil est organisé par la Fédération Française Handisport.

S’agissant du haut-niveau et de la compétition, sur les 12 fédérations étudiées, 9 proposent des compétitions aux personnes handicapées ; 7 mettent en place des activités en direction des sportifs handicapés de haut niveau ; 3 accueillent des personnes handicapées au sein de leurs structures (labellisée PES) dans le cadre du parcours d’excellence sportive.

Pour la formation, sur les 12 fédérations étudiées, 9 proposent des formations spécifiques aux cadres fédéraux en direction des publics handicapés (sous forme de modules intégrés dans les formations existantes ou dans le cadre d’un certificat de qualification spécifique).

Etat des lieux des conventions entre les fédérations spécifiques (FFH & FFSA) et les fédérations sportives
Sur les 12 fédérations étudiées, 3 fédérations ont une convention avec les deux fédérations spécifiques, 6 fédérations ont au moins une convention avec l’une des deux, 3 fédérations ont une convention en cours de renouvellement. Ainsi, les fédérations sportives homologues ont toutes au moins un lien officiel avec une des deux fédérations spécifiques : soit ce lien est une convention signée, soit elle est en cours d’aboutissement. Ces résultats mettent en avant l’implication du mouvement sportif valide vers le public sportif handicapé. «Les relations avec les fédérations spécifique, indiquent la nécessité et la volonté des fédérations sportives homologues de mieux comprendre les personnes handicapées afin de leur proposer des activités sportives adaptées à leurs besoins.»

Facteurs favorisant et facteurs limitant l’accès à la pratique sportive

Parmi les éléments freinant l’accès à la pratique sportive pour les personnes handicapées, le PRNSH note, par ordre d’importance, la difficulté d’accès aux sites de pratique ou aux installations, le manque de formation spécifique de l’encadrement, l’appréhension de l’encadrement vis-à-vis des personnes handicapées, le manque de moyens humains, les particularités techniques de l’activité, les difficultés de transport, la double licence, le type de handicap, les contraintes réglementaires et le manque de communication. S’agissant des éléments favorisant l’accès à la pratique sportive pour les personnes handicapées, le Pôle cite la mixité de la pratique, l’activité elle-même (par ses spécificités, ses valeurs et son cadre de pratique), l’adaptation du matériel, l’ouverture à des épreuves aux personnes handicapées, les conventions signées avec les fédérations spécifiques et/ou les établissements spécialisés, l’adaptation des règles de pratique et du règlement de la discipline, la présence d’un référent national, la mise aux normes des salles.

«Notre attention est dirigée vers les problèmes rencontrés par les acteurs du milieu associatif. En effet, si les difficultés d’accès sont marquantes, la formation de l’encadrement est un point faible. Les dirigeants, participant à l’encadrement, ont une inquiétude par rapport aux publics handicapés avec le sentiment d’être démunie face à leurs besoins. Cependant, la rencontre de personnes émanant des fédérations homologues et spécifiques lors de moments d’échanges, de rassemblements a permis de mettre en avant des propositions d’intégration de ces publics.» Ainsi, le PRNSH pense que les formations ont besoin d’être améliorées ou développées. De plus, la mixité des pratiquants est un élément moteur dans l’accès et le développement des personnes handicapées, au sein des fédérations sportives homologues.

Interprétation du rapport entre les plans d’actions du Ministère des Sports et les activités réalisées par les fédérations

Si en matière de développement, il y a une cohérence entre les plans d’actions mis en place par le Ministère des Sports et les activités réalisées par les fédérations, le PRNSH observe un décalage important en matière de formation. «Deux points nous permettent d’évoquer le fait que les fédérations ont des besoins, concernant la formation des dirigeants et de l’encadrement, en faveur des publics handicapés. Dans un premier temps, nous observons que 75% des fédérations mettent en place, dans leur cursus de formation, des modules spécifiques ou des certificats de qualification en direction des personnes handicapées. Alors que, uniquement 8% d’entre elles ont un plan d’actions avec le Ministère des Sports sur la formation. Dans un second temps, nous avons paradoxalement une détresse des fédérations sur l’appréhension des dirigeants et personnes de l’encadrement, face aux publics handicapés. Nous souhaitons mettre en avant, par ces deux points, que les fédérations sportives homologues développent des actions de formations, pour répondre à de nouvelles exigences d’encadrement. Mais les acteurs des milieux associatifs ont de nombreuses demandes et les fédérations sont en attente d’être accompagnées sur leurs connaissances des publics handicapés.»

* Les fédérations retenues : Aviron, Basket ball, Canoë kayak, Equitation, Tennis de table, Gymnastique, Judo et disciplines associées, Pétanque et jeu provençal, Randonnée pédestre, Rugby, Voile, UNSS
Les programmes par fédération

Fédération Française de Canoë Kayak : Accès pour le public prioritaire «handicapé»
Fédération Française des Sociétés d’Aviron : Incitation à la création de section dans les clubs FFSA et FFH ; Développement du réseau régional des référents handisport, Accès des rameurs handisport sur les régates nationales ; Adaptation des équipements.
Fédération Française de Gymnastique : Accueil du public sport adapté au sein des clubs.
Fédération Française de Randonnée pédestre : Fonctionnement «rando pour tous».
Fédération Française de Judo et disciplines associées : Plan de développement des pratiques handicapées.
Fédération Française de Voile : Accueil publics handicapés Haut Niveau ; Accueil publics handicapés Développement.
Fédération Française de Pétanque et Jeu Provençal : Actions coordonnées avec CD et ligues.
Union Nationale des Sports Scolaires : Favoriser l’arbitrage par les personnes en situation de handicap ; Organisation de manifestations accueillant les personnes en situation de handicap.