Le COJOP Alpes 2030 vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour sélectionner ses équipementiers textiles, couvrant à la fois les Jeux d’hiver de 2030 et les deux prochaines éditions olympiques d’été (Los Angeles 2028 et Brisbane 2032). Ce marché, structuré en cinq lots aux valeurs très disparates, redessine le périmètre d’un partenariat olympique national.
Un dispositif tripartite inédit
L’AMI publié est le fruit d’une construction juridique originale. Il associe le COJOP au Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) et au Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF), réunis sous l’appellation « Regroupement ». Cette trilogie institutionnelle détient jusqu’au 31 décembre 2030 la responsabilité commerciale des droits liés à l’Équipe de France Olympique et Paralympique. Ce n’est donc pas seulement un contrat de fourniture de vêtements : c’est une délégation de droits marketing sur l’image des athlètes tricolores lors de trois olympiades consécutives : Los Angeles 2028, Alpes 2030 et Brisbane 2032. La date limite de remise des offres est fixée au 26 juin, avec une présentation en visioconférence prévue dès le 21 mai. Les candidats disposent donc de peu de temps pour construire une réponse qui doit couvrir à la fois une offre technique, une offre financière et un cadre de responsabilité sociale et environnementale détaillé.
Cinq lots, trois niveaux d’ambition
L’architecture de l’appel s’articule autour de cinq lots dont la portée commerciale varie considérablement. Le Lot A est de loin le plus complexe et le plus convoité : il porte sur les tenues de représentation des athlètes et du staff des Équipes de France pendant les trois prochains Jeux (podiums, villages olympiques), ainsi que, en option, les équipements de performance et d’entraînement portés en compétition. Ce lot exige une capacité industrielle rare, des process de tests itératifs avec les fédérations sportives, et une première livraison opérationnelle dès janvier 2027 pour couvrir le Festival Olympique de la Jeunesse d’hiver. L’appel à manifestation d’intérêt est construit de telle sorte d’écarter d’office des candidatures comme celle du Coq Sportif. Pour Paris 2024, un feuilleton avait accompagné la préparation des Jeux avec les difficultés financières et d’approvisionnement de l’équipementier. Non seulement, le Coq Sportif n’a pas été en mesure de verser l’apport prévu dans le contrat de partenariat, mais en plus le COJOP de Paris 2024 avait dû consentir en mai 2024 une avance de trésorerie de 2,87 M€ à son prestataire.
Le Lot B, obligatoirement couplé au Lot A si un candidat souhaite répondre à ce dernier, concerne les tenues de cérémonie : ouvertures et clôtures des Jeux de Los Angeles 2028, Alpes 2030 et Brisbane, ainsi que les grandes cérémonies protocolaires. Sa valeur médiatique est immense — les défilés des délégations nationales génèrent des milliards d’impressions mondiales — mais la liberté créative y est plus contrainte que pour les tenues de représentation quotidienne.
Les Lots C et D, combinables, concernent respectivement les 15.000 volontaires des Jeux d’hiver de 2030 et les salariés du COJOP ainsi que certains arbitres et officiels. Leurs droits marketing sont plus étroits, et leur durée limitée à fin 2030. Quant au Lot E, dédié au Relais de la Flamme, il présente la particularité d’être évalué en premier lieu sur les critères de responsabilité environnementale, sociale et territoriale, avant même les aspects financiers et techniques.
Le modèle économique : VIK, droits de licence et redevances
Sur le plan économique, le COJOP impose une architecture contractuelle en trois volets. L’équipementier retenu prend d’abord en charge l’intégralité des coûts de fabrication, de marquage, de transport, de stockage et de douane. Autrement dit, tout l’apport en nature est à sa charge exclusive. En parallèle, il verse une « Contrepartie Financière Marketing », dont le montant est librement proposé dans l’offre, en échange des droits d’usage des marques « Alpes Françaises 2030 » et « Équipe de France Olympique et Paralympique » sur le territoire français.
Le troisième pilier est la licence de produits dérivés. Le COJOP fixe un taux plancher de redevances à 12 % du chiffre d’affaires net, tout en précisant explicitement que toute proposition au-delà de ce seuil « sera favorablement appréciée » dans l’évaluation des offres. Le candidat doit également proposer, pour chaque lot, un « Minimum Garanti » lié à cette commercialisation. Le COJOP se réserve par ailleurs un droit d’audit permanent sur les données comptables et commerciales de l’équipementier, aux frais de ce dernier si des écarts sont constatés.
Des exigences RSE
Au-delà des chiffres, l’appel impose des engagements environnementaux et sociaux particulièrement développés : trajectoire de décarbonation documentée, priorité aux matières recyclées ou biosourcées, conformité à la loi PFAS du 27 février 2025, gestion rigoureuse des emballages, devoir de vigilance sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, égalité professionnelle femmes-hommes et inclusion des travailleurs handicapés. L’équipementier doit également concevoir un plan structuré de « seconde vie » pour les équipements non utilisés à l’issue des Jeux.
Les offres seront analysées lot par lot, avec une attention explicite à la limitation du nombre d’équipementiers retenus. Le COJOP valorise les candidats capables de couvrir plusieurs lots simultanément. Une logique d’intégration qui devrait naturellement favoriser les grandes maisons sportives internationales disposant à la fois d’une expertise technique en performance et d’un univers de marque reconnu.
Lots :
Lot A : Equipements de représentations et de performance portés par les athlètes et leur staff techniques pour les Jeux de Los Angeles 2028, Alpes 2030 et Brisbane 2032
Lot B : Equipements de cérémonies portés par les athlètes et leurs staffs techniques
Lot C : Uniformes des Volontaires des Jeux d’Alpes 2030
Lot D : Uniformes des Salariés, Arbitres et Officiels des Jeux d’Alpes 2030
Lot E : Uniformes du Relais de la Flamme d’Alpes 2030

