Le classement annuel de Two Circles révèle que les revenus des détenteurs de droits sportifs ont battu un nouveau record en 2025, atteignant 174 Md$ à l’échelle mondiale. Derrière ce chiffre vertigineux se dessine une industrie à deux vitesses.
En dix ans, le sport mondial a doublé sa valeur économique. Les revenus agrégés des propriétés sportives ont atteint 174 Md$ en 2025, selon le classement « Sports IP Revenue League 2026 » publié par Two Circles, confirmant que l’industrie sportive demeure l’un des segments à la croissance la plus rapide de l’économie mondiale des médias et du divertissement. « Les plus grandes organisations sportives connaissent une croissance plus rapide que le marché », souligne Gareth Balch, PDG et cofondateur de Two Circles. Le sport global enchaîne les records. Mais cette prospérité spectaculaire profite-t-elle vraiment à l’ensemble de l’écosystème ?
Un baromètre de marché
Pour bien saisir la portée du « Sports IP Revenue League », il faut commencer par comprendre ce qu’il mesure… et ce qu’il ne mesure pas. Two Circles ne publie pas un classement de richesse globale des propriétés sportives. L’agence britannique recense les 50 franchises les plus « génératrices de nouveaux revenus » dans le monde sur une année donnée. En France, le Paris Saint-Germain illustre cette dynamique, avec plus de 600 M$ de revenus annuels, transformant son audience globale en valeur commerciale. La méthodologie comptabilise les revenus issus de l’échange de droits monétisés directement auprès des consommateurs (billets, expériences, abonnements, merchandising) ou via des tiers acheteurs de droits médias, de sponsoring, de licences ou de paris sportifs. Le principe cardinal est que chaque dollar n’est comptabilisé qu’une seule fois dans l’écosystème, au moment où il atteint pour la première fois le détenteur de droits qui génère la valeur, jamais en aval. Le marché affiche donc un taux de croissance annuel composé de 6 % depuis 2015, soit près du double du taux de croissance du PIB mondial. La trajectoire le place en bonne voie pour dépasser les 260 Md$ d’ici 2033 !
La concentration comme loi du marché
C’est là que le tableau se complique. Les données montrent que, si l’industrie sportive continue de croître, le succès se concentre de plus en plus parmi un petit groupe de grands acteurs. Aujourd’hui, les vingt premières propriétés sportives mondiales représentent 44 % du total des revenus de l’industrie, contre 35 % il y a dix ans. L’IPL (Indian Premier League) étant la grande propriété sportive ayant atteint le plus rapidement le milliard de dollars de revenus annuels. En dehors du top 20 mondial, les 480 autres organisations sportives du classement n’ont vu leurs revenus collectifs progresser que de 1 % en 2024, certaines enregistrant une stagnation ou une décroissance. Ainsi, pendant qu’une minorité accélère, l’immense majorité du marché mondial progresse à peine. Pour les fédérations nationales, les ligues de second rang, les clubs sans exposition internationale ou les collectivités territoriales qui investissent dans l’événementiel sportif, ce différentiel est une réalité budgétaire.
Les droits médias, premier moteur de création de valeur
Le rapport consacre un chapitre entier aux droits médias, présentés comme un « moteur de croissance de 58 Md$ », ce qui en fait de loin le premier levier de revenus. La domination américaine sur ce terrain est incontestable : les plus grandes franchises américaines ont connu une croissance substantielle de leurs droits médias ces dernières années, la NFL générant davantage via ses droits médias que les cinq grandes ligues européennes de football réunies ! Ce déséquilibre transatlantique n’est pas sans conséquence pour les acteurs européens. La Premier League, avec 5,3 Md$ de nouveaux revenus générés, affichant un taux de croissance annuel composé de 5 % sur dix ans, n’occupe pourtant que la quatrième place du classement. L’Europe n’est pas absente de la course, mais ses propriétés les plus puissantes doivent redoubler d’imagination commerciale. L’UEFA a ainsi annoncé qu’en 2024, pour la première fois, ses revenus de sponsoring et de droits commerciaux ont dépassé ceux des droits médias, avec respectivement 9,6 Md$ contre 8,5 Md$.
L’audience d’abord, les revenus ensuite
En 2024, année des Jeux olympiques de Paris, plus de mille milliards d’heures de sport ont été consommées par les fans à travers le monde, un niveau record. Cette donnée d’audience est la matrice de tout le reste. Car si les droits médias progressent, si le sponsoring résiste à la fragmentation des usages, c’est d’abord parce que le sport conserve, et accroit, sa capacité à fédérer des audiences massives et passionnées dans un paysage médiatique fracturé.
