Président de World Rugby (ex-IRB) et du Comité Français du Sport International (CFSI), Bernard Lapasset est aussi le président du jury des Trophées Sporsora 2015 du marketing sportif, dont Sponsoring.fr est partenaire. Avant la cérémonie qui dévoilera les lauréats de cette nouvelle édition, lundi 9 février, nous l’avons interrogé sur sa conception des partenariats et sur la façon dont il s’implique. Instructif.

Sponsoring.fr En tant que président du jury des Trophées Sporsora 2015, comment appréhendez-vous un partenariat ?
Bernard Lapasset Aujourd’hui, le sport, à tous les niveaux, devient de plus en plus une activité qui dépasse le cadre de ses frontières. Ce ne sont plus uniquement les pratiquants qui sont concernés, mais l’ensemble de l’environnement autour d’une discipline. Dans toutes ses dimensions, y compris sociétale, culturelle ou éducative. Il faut être vigilant sur la façon d’aborder des aspects aussi différents et notamment sur la partie partenariat puisque la composante économique d’un sport est nécessaire et n’est plus à démontrer. Selon moi, un partenariat doit être abordé comme un domaine sur lequel il faut inscrire une relation durable. Je ne parle pas uniquement des entreprises, mais aussi des liens qui se créent avec des collectivités ou des universités comme les Grandes Écoles. Il ne s’agit pas seulement d’entretenir des liens financiers. Il est nécessaire de connaître les raisons qui poussent les entreprises ou les partenaires au sens le plus large à s’inscrire dans la vie d’une discipline. J’attache énormément d’importance à ce point.

Est-ce dans une logique de relation avec vos partenaires que vous avez procédé au changement de dénomination de l’Inter-national rugby board (IRB), devenue World Rugby ?
Tout à fait. Le rugby est entré dans une nouvelle configuration. La fédération internationale ne s’appelle plus IRB mais World Rugby parce que nous avons besoin d’être identifié auprès de nos partenaires dans le cadre d’une stratégie rassemblant l’ensemble de nos activités à travers le monde. Ce sont les compétitions que nous organisons dans différentes parties du globe, les centres de formation ou bien les processus de reconversion des athlètes professionnels. L’ensemble de ces éléments crée des événements et tisse des liens réguliers. Avec World Rugby, nous envoyons le message que l’on s’adresse au monde et pas seulement au travers d’un board essentiellement britannique, même si ce sont les fondateurs de ce sport. Nous nous inscrivons à travers deux disciplines à l’international (le VII et le XV) pour lesquelles World Rugby s’adresse à toutes les nations.

Que ce soit lorsque vous présidiez la Fédération française de rugby (FFR) ou bien aujourd’hui à la tête de World Rugby, vous impliquez-vous personnellement dans la négociation des partenariats ?
Je le faisais à la fédération française et je continue de le faire aujourd’hui au sein de la fédération internationale. Je ne conçois pas mon rôle uniquement nécessaire pour garder le contact. J’ai toujours suivi la même ligne de conduite : lorsqu’un dirigeant s’installe à un poste à responsabilités, il doit imprimer sa vision. Je donne donc une direction. Par nature, j’aime aller à la rencontre des autres. Donc m’impliquer ne me dérange pas. À mon arrivée à la présidence de la FFR, nous avions quelques accords. Lorsque je suis parti nous avions signé une cinquantaine de partenariats, pas seulement financiers.

Quel a été votre rôle dans la désignation de la Société Générale en tant que partenaire monde du secteur bancaire de la Coupe du monde 2015 ?
J’ai connu trois présidents à la tête de la Société Générale. J’ai participé à son arrivée dans le pool des partenaires de la fédération française, il y a près de vingt ans. Aujourd’hui, je l’ai emmené avec moi comme partenaire monde de la Coupe du monde de rugby. Je ne sais pas si l’on se rend bien compte de ce que représente cette association. On parle d’une banque française qui va occuper le terrain de la City, la seconde place financière au monde, pendant sept semaines ! Une banque française va être la référence bancaire du rugby en Angleterre. C’est quelque chose d’extraordinaire. Ce projet, nous l’avons construit ensemble, sur la durée.

La participation de la GMF au côté de la FFR est particulière. Comment l’interprétez-vous ?
Pour des partenaires franco-français, comme la GMF, nous avons ouvert d’autres formes de partenariat. La GMF n’est pas seulement le partenaire assurance du rugby français, elle a participé avec nous à l’élaboration de la règle pour résoudre le problème que nous avions sur les mêlées à une certaine époque.

Mais est-ce vraiment le rôle d’un sponsor de s’impliquer jusqu’à l’élaboration d’une norme ?
Dans le domaine de l’assurance, je pense que oui. Nous cherchons à améliorer la santé des joueurs, nous avons besoin de spécialistes. Tous les conseils sont bons à prendre. En tant que partenaires, nous avons une discussion qui n’est pas nécessairement aboutie, ni toujours couronné de succès, mais ce n’est pas le problème. L’important c’est la démarche.

Et si le partenaire cherche à imposer ses vues ?
Ce n’est plus de la discussion. Il ne faut pas confondre la prise de décision qui reste dans le giron de la fédération, et l’expertise dans une recherche d’amélioration du contenu qui est travaillée ensemble. La vision et la stratégie appartiennent aux élus et aux clubs.

Un mot sur la Coupe du monde qui se prépare. Êtes-vous satisfait des partenariats engagés pour cette édition dont on dit qu’elle sera celle de tous les records ?
Les Anglais préparent cette Coupe du monde avec l’ambition de battre les records de la Coupe du monde 2007 organisée en France. Ils sont tournés vers l’objectif de battre les records du nombre de spectateurs dans les stades (2,25 millions), le nombre d’hospitalités vendues, le nombre de téléspectateurs à la télévision (4,2 milliards en audience cumulée). Je pense qu’ils vont y parvenir.