Dans un univers aussi professionnel que le golf, ils n’avaient pas pensé à ça : la chasuble bafoue le droit à l’image. Un groupe de caddies a déposé une plainte contre le PGA Tour, l’organisme en charge du circuit nord-américain de golf. Ils réclament plusieurs millions de dollars pour continuer d’arborer la chasuble sponsorisée du circuit.

Ils sont quatre-vingts caddies à s’être rassemblés pour demander au PGA Tour de les associer aux revenus générés par les tournois. Le leader de la grogne est Mike Hicks, 33 ans de caddie, qui a porté les sacs de Greg Norman, Payne Stewart, Steve Stricker et Justin Leonard. Lorsqu’un caddie accompagne un joueur sur le circuit, celui-ci lui reverse entre 5 et 10% de ses gains (5% s’il passe le cut, 10% s’il remporte le tournoi et 7% s’il termine dans les dix premiers), en plus d’un forfait compris entre 1000 et 2600 euros la semaine. En revanche, le caddie n’est pas associé aux contrats signés par le PGA Tour avec les sponsors. Ils reprochent donc aux responsables du circuit américain de les obliger à porter un chasuble aux couleurs des sponsors, mais sans compensation financière. D’après la plainte déposée, l’enjeu est loin d’être mince. Le bout de tissu a beau défier toutes les modes, cet espace publicitaire qui peut accueillir jusqu’à trois sponsors à chaque tournoi aurait une valeur estimée à 50 millions de dollars (sur 1 milliard de dollars de revenus annuels).

Le PGA Tour n’a pour l’instant pas l’intention de négocier. Ses dirigeants seraient même tentés par le bras de fer en menaçant d’interdire aux caddies l’accès aux tournois s’ils refusent de porter les chasubles. Pour le PGA Tour, un caddie dispose de suffisamment de latitude avec la possibilité de porter des sponsors personnels sur sa casquette, le col et les manches de sa tenue. D’autant qu’il perçoit déjà une partie de l’argent des sponsors via le pourcentage sur les gains qu’il récupère de son joueur. C’est ainsi que Rory McIlroy, le numéro 1 mondial, a reversé 800 000 dollars à son caddie l’année dernière.

Le droit à l’image, affaire sensible

Les joueurs justement restent en retrait alors que le rôle du caddie est essentiel. Plus que porter le sac de son joueur, le caddie est surtout celui qui le conseille sur le club à adopter, qui le renseigne sur le parcours.

A l’origine de l’affaire, c’est une fin de non-recevoir qui a braqué les caddies. Il y a un an, ils avaient demandé l’autorisation d’un emplacement à eux sur la chasuble. L’espace aurait été commercialisé comme il se doit pour financier un fonds de retraite et d’assurance maladie.

Le PGA Tour n’est pas le premier à devoir faire face à ce type de plainte. Avec l’explosion des droits de retransmission et la hausse conséquente des audiences du sport à la télévision, plusieurs affaires ont secoué le sport américain au cours des dernières années pour des motifs similaires portant sur le droit à l’image. La dernière en date a abouti à la condamnation de la puissante NCAA, attaquée pour l’utilisation, sans contrepartie, de l’image d’anciens joueurs universitaires.