Le Tour de France fait son retour à la télévision allemande en clair. Après trois ans d’interruption de l’image, ARD, chaîne publique, retransmettra la Grande Boucle (du 4 au 26 juillet) en 2015.

Pour ce retour, ARD diffusera en direct toutes les étapes à partir de 16 heures. Selon le Spiegel, le contrat porte sur deux ans et une clause prévoit la possibilité de le casser si le dopage affecte gravement le cyclisme. La télévision allemande aurait négocié un prix très bas, inférieur au montant de l’accord précédent. Le contrat s’élèverait à moins de cinq millions d’euros, contre 20 millions d’euros entre 2009 et 2011 (25 M€ environ pour France Télévisions aujourd’hui jusqu’en 2020, ndlr). Pour l’organisateur, Amaury Sport Organisation (ASO), l’exposition sur une grande chaîne nationale vaut bien un petit effort. Le retransmission sur des chaînes en clair de la plus grande course cycliste au monde est cruciale. Un signe qui ne trompe pas : les villes allemandes sont à nouveau demandeuses du passage du Tour. La dernière fois que le Tour s’élançait d’Allemagne remonte à 1987 (Berlin). Aujourd’hui, quatre villes et länders candidatent pour être la ville de départ comme Münster (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), en lice pour être la ville-départ du Tour 2017.

L’histoire entre la petite reine et l’Allemagne s’est compliquée au milieu des années 2000. L’ARD et la ZDF, l’autre chaîne publique allemande, s’étaient retirées après l’édition 2011, estimant qu’elles ne pouvaient plus accorder de crédit à un sport entaché par de nombreuses affaires de dopage. Le cyclisme avait alors cumulé les scandales. Début 2006, Jan Ullrich, vainqueur du Tour 1997, avait été identifié comme l’un des clients du docteur Eufemiano Fuentes, soupçonné d’être à l’origine d’un vaste réseau de dopage et condamné en 2013 à un an de prison. Avant le Tour 2007, un ancien soigneur de l’équipe T-Mobile avait révélé dans ses mémoires que les victoires du Danois Bjarne Riis et de Jan Ullrich – tous deux coureurs de la formation allemande – en 1996 et 1997 étaient le résultat d’un dopage institutionnalisé. ARD avait cessé la retransmission en pleine épreuve pendant l’édition 2007. Le contrôle positif, pendant l’épreuve, de l’Allemand Patrik Sinkewitz avait été la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. Par la suite, les anciens coureurs Udo Bölts, Rolf Aldag, Jörg Jaksche et Erik Zabel reconnaissaient la prise de produits dopants. Depuis 2012, seule Eurosport continuait à diffuser le Tour en Allemagne. Les chaînes publiques limitaient leur couverture à des résumés quotidiens à base d’images produites par ASO.

La décision de l’ARD intervient dans un contexte favorable au cyclisme allemand. L’équipe néerlandaise Giant-Shimano est passée sous licence allemande en devenant Giant-Alpecin. Alpecin est une marque de produits capillaires appartenant à un groupe pharmaceutique de Bielefeld, Dr. Wolff. C’est la première fois depuis 2010 et le retrait de Milram que l’Allemagne dispose d’une équipe au sein du World Tour. L’équipe du Français Warren Barguil comptera huit coureurs allemands dans son effectif, dont les deux sprinteurs vedettes Marcel Kittel (vainqueur de 4 étapes du dernier Tour) et John Degenkolb. Retrouver une exposition aussi large dans la première économie d’Europe est un plus pour la Grande Boucle, mais aussi un avantage pour les sponsors du cyclisme, toujours en recherche d’un maximum de visibilité.
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190 pays dans le monde diffusent le Tour de France chaque année. 100 diffuseurs sont impliqués dont 60 diffusent les étapes en direct.