2001 fut l’année Kirch, revendeur des droits TV de la Coupe du monde et nouveau propriétaire de ceux de la F1. L’année a également été marquée par une chute des audiences.

Incontestablement un homme, et un seul, aura dominé les débats cette année. Vous l’avez reconnu, c’est Leo Kirch. Le magnat allemand qui préside aux destinés du Groupe Kirch était Méconnu du grand public il y a un an. En 2001, il a fait (et devrait encore faire) couler beaucoup d’encre. Incontournable pour les chaînes des télévisions qui veulent alimenter leur programme de films ou de fictions, l’Allemand l’est devenu pour le sport. Déjà propriétaire des droits de retransmission des deux prochaines Coupes du Monde de football, il a mis la main cette année sur ceux du championnat du monde de Formule 1. Il ne lui manque plus que les Jeux Olympiques et il aura le tiercé gagnant de l’audience pour les télévisions.

Le nom de Kirch était sur toutes les lèvres des participants du Sportel (symposium annuel sur les relations entre le sport et les télévisions) dont le thème était Les droits sportifs de télévision ont-ils atteint leur limite ?. Après des années de croissance, le marché des droits (estimé à 5,9 milliards d’euros aujourd’hui) pourrait bien avoir atteint ses limites.
Beaucoup pensaient d’ailleurs que Kirch n’arriverait jamais à rentabiliser les droits des Coupes du monde 2002 et 2006. Mais en quelques semaines, les choses vont s’accélérer. Au fur et à mesure qu’on l’on apprend le nom des qualifiés pour l’échéance de juin 2002, le groupe allemand enchaîne les signatures de contrats. Kirch va remporter son pari. Achetés 1,9 milliards d’euros à la FIFA, il réussit le tour de force de les revendre encore plus cher aux différents médias (TV et radios).

Football encore, avec la bataille TF1/M6. Pendant plusieurs semaines, le doute subsiste sur le devenir de l’émission culte Téléfoot avec la fin du contrat liant la première chaîne à la Ligue Nationale de Football (LNF). Dans une ultime surenchère, TF1 enlève le morceau devant M6, en plein coeur de l’été. On retrouvera les deux chaînes en bagarre à l’automne, au sujet de la Coupe du monde. TF1 battra M6 par KO en obtenant l’exclusivité sur toute l’épreuve.

Football toujours, et TF1 encore, avec les audiences de la Ligue des Champions. Si l’équipe de France de football continue de rassembler un maximum de spectateurs, l’épreuve phare de l’UEFA n’attire plus personne. Le phénomène de baisse d’audiences observé ces dernières années s’accentue et se propage dans les pays européens. Depuis le début de l’édition 2001-2002, les soirées Ligue des Champions de TF1 sont régulièrement battues par des programmes concurrents. Devant les protestations des chaînes de télévisions (en France, TF1 et Canal + versent plus de 76 millions d’euros par an pour retransmettre l’épreuve), l’UEFA envisage un moment une réforme de ses compétitions avant de se rétracter sous la pression des grands clubs européens. L’avenir dira qui avait raison.

L’année 2001 aura également été marquée par la fin de la bulle spéculative sur les sites Internet. Sans événement pourvoyeur d’audiences comme les JO, les sites sportifs ont souffert. Dévoreurs de capitaux et faute de rentabilité, la plupart des sites hexagonaux ont dû être recapitalisés par leurs actionnaires historiques. Ainsi, Sports.com, filiale européenne du groupe Sportsline, diffusé en cinq langues (anglais, français, italien, espagnol et allemand), a obtenu une rallonge de 15 millions d’euros en cours d’année. De même que Sport24 qui s’est vu octroyer 2 millions d’euros. Sporever devrait prochainement faire de même. Sportal a eu moins de chance. Le réseau européen d’information sportive a tout simplement fermé ses portes. La filiale française a déposé le bilan alors que les versions allemande et anglaise ont été rachetées pour des sommes dérisoires. Seuls deux sites ont échappé à une recapitalisation : Lequipe.fr et Sport.fr. Les deux bénéficient toujours de l’appui de leurs éditeurs : le Groupe Amaury pour le premier, et la société Journal Du Sport pour le second. Pour tous, 2002 sera décisif.

Et aussi…

L’année 2001 aura également vu le retour du championnat de France de football sur France Télévision. Désormais, le service public dispose d’une lucarne hebdomadaire, le lundi soir, sur le football.

Pour la seconde fois en un an et demi, Eurosport aura changé d’actionnaire principal. Canal + et TF1, avaient repris les parts d’Eurosport à ESPN en mai 2000. En janvier dernier, TF1 a racheté à la chaîne cryptée 39 % des parts d’Eurosport France et 49,5 % d’Eurosport International pour près de 305 millions d’euros. Le Groupe Canal +, désormais désengagé, projette de lancer sa propre chaîne de sport l’année prochaine.

Et puisque l’année aura été marquée par un homme, il nous faut conclure par lui. Dans le futur, Leo Kirch devra mener deux combats : rallier les grands constructeurs automobiles à sa cause (ces derniers menacent de créer un championnat du monde de F1 parallèle à celui déjà existant après 2007) et sauver son empire. Très endetté depuis qu’il s’est lancé dans l’hyper croissance à coup de rachat à grands frais de droits et de sociétés, le Groupe Kirch attire les convoitises de ses concurrents, au premier rang desquels figure l’Australien Rupert Murdoch.