Dimanche 19 avril, à l’occasion de la retransmission du match de Ligue 1 Bordeaux-Lyon, Europe 1 a diffusé à plusieurs reprises une publicité de Betclic invitant les auditeurs à rejoindre ce site de paris sportifs. Une initiative qualifiée d’illégale par le gouvernement. Pourtant, les opérateurs et les médias n’entendent pas attendre 2010 pour être en conformité et préfèrent lancer leur campagne de communication dare-dare.

Nous condamnons cette campagne de publicité. La publicité pour les opérateurs de jeux reste en effet illégale, sauf pour ceux disposant d’une autorisation (la Française des jeux et le PMU), a indiqué le ministère du budget. Le ministère a ajouté que la publicité sera autorisée à partir du 1er janvier 2010 pour les opérateurs disposant d’une licence et qu’il étudie les moyens juridiques à mettre en oeuvre pour que ce calendrier soit respecté par tous les opérateurs. La station du groupe Lagardère devrait annoncer prochainement un partenariat avec Betclic pour proposer un service de jeux en ligne.

Europe 1 n’est pas un cas isolé. Plusieurs médias n’ont pas attendu l’ouverture du marché pour lancer ou faire la promotion d’un service de paris sportifs. Dès le 25 avril, RMC proposera une émission hebdomadaire de 2 heures intitulée Les paris RMC en association avec Unibet.com, qui parraine aussi l’émission de télé-réalité 100.000 euros sur la table diffusée par la chaîne NT1. Le contrat signé pour 2009 avec RMC, avec une option pour 2010, est estimé à près d’1 million d’euros selon le quotidien Le Monde. Le quotidien gratuit Metro a, pour sa part, publier plusieurs publicités promouvant ce même site. Sur RTL, On joue le match avec La Française des jeux, qui parraine depuis novembre l’émission Côté match diffusée par France 2, est déjà en place. Le montant de l’accord signé avec RTL est estimé entre 2 et 3 millions d’euros. Dans le quotidien 20 minutes, Lionel Rosso, un des deux animateurs de l’émission de RTL et salarié de La Française des jeux, délivre dans des rubriques hebdomadaires ses pronostics. Le contrat avec le gratuit est estimé à 2 ou 3 millions d’euros annuels. Quant à Internet, les opérateurs de paris ou de poker sont déjà nombreux à faire leur publicité depuis déjà plusieurs mois.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a demandé à la station de radio RMC (groupe NextRadioTV) de respecter la législation. Le CSA précise dans son courrier que l’activité d’Unibet, un groupe suédois dont les activités dans le jeu ont rapporté 123,4 millions d’euros brut en 2008, est illégale en France dans l’état actuel de la législation. La publicité en faveur de ces activités est également interdite à ce jour, précise le CSA. De son côté, RMC souhaite que tous les médias (audiovisuels, presse, Internet), soient traités sur un pied d’égalité. Constatant que la publicité en faveur des jeux en ligne autres que ceux organisés par l’Etat français fleurit sur Internet et se développe dans certains titres de presse, RMC a décidé d’ouvrir ses espaces publicitaires aux entreprises de jeux en ligne. La radio considère que rien ne justifie la différence de traitement entre Internet et la presse, d’une part, et les médias audiovisuels, d’autre part, a fortiori dans un marché publicitaire sinistré pour les radios. Pour sa part, Europe 1 a fait l’objet le 21 avril d’une mise en garde du CSA. La mise en garde est une mesure plus sévère que la simple lettre.

Comme on peut le voir, la campagne médiatique des sites de jeux en ligne est lancée. Soucieux de gagner la bataille de la notoriété et désireux de convaincre le maximum de parieurs, ces sites multiplient les partenariats avec les médias. Des médias d’autant plus ouverts à la discussion qu’ils sont soumis à un marché publicitaire en berne. Et si la manne ne sera pas aussi importante que celle déversée il y a trois ans par les nouveaux services de renseignements téléphoniques (les fameux 118) qui avaient dépensé quelque 200 millions d’euros en quelques mois pour nous convaincre de nous renseigner. Elle sera sûrement appréciée. Pour l’ouverture des paris en ligne, on prévoit un budget publicitaire de 100 millions d’euros. Un effort considérable si l’on considère le nombre d’internautes concernés par les jeux d’argent.
BetClic poursuit sa campagne

L’opérateur de paris sportifs et jeux en ligne BetClic a annoncé vendredi 24 avril vouloir poursuivre sa campagne de publicité dans les médias français et demande une égalité de traitement avec la Française des Jeux et le PMU. Dans une interview au Figaro, Isabelle Parize, directrice générale de Mangas Gaming, holding qui possède BetClic, confirme que la campagne de publicité, qui a débuté le week-end dernier sur Europe 1, se poursuit. Des pages de publicité ont été publiées jeudi dans les quotidiens gratuits Directmatin et Metro, sur le thème Jouons libre avec BetClic.

Le Figaro comportait également vendredi une publicité du site de paris sportifs, créé en 2005.

Bercy nous a fait part effectivement de son mécontentement, reconnaît Isabelle Parize qui assure être ni va-t-en-guerre, ni dans une approche revendicatrice. Elle demande simplement une égalité de traitement avec les monopoles, la Française des Jeux et le PMU, relevant que la FDJ a déjà signé des accords avec RTL, le quotidien gratuit 20 Minutes, Canal Plus et France 2. Nous avons besoin de faire connaître notre marque, plaide Mme Parize, ajoutant que les médias ont aussi besoin, en ces temps difficiles, de nouveaux annonceurs.

La responsable de Mangas Gaming, qui prévoit de réaliser 200 millions d’euros de produit brut des jeux en 2009, annonce que BetClic demandera une licence d’exploitation en France tout en dénonçant la taxation trop forte et le champ d’ouverture trop limité du projet de loi qui exclut tous les jeux de casino à l’exception du poker.