Comme si l’organisation du Championnat d’Europe des Nations de football dans onze pays différents n’était pas déjà une difficulté en soi, la pandémie est venue s’ajouter au défi de l’UEFA de réussir à organiser un événement devenu hors norme.

Aleksander Ceferin, président de l’UEFA, a hérité d’un plan complexe hérité de Michel Platini sur lequel il a longtemps émis des réserves, avant même que la pandémie de coronavirus n’ajoute aux complexités logistiques. « C’est une situation assez difficile, un format difficile en soi, et avec la COVID, c’est encore plus difficile, a reconnu Ceferin. Ce n’est donc pas facile, mais maintenant ça a l’air bien et je ne peux pas imaginer que cette crise sera pire. » Le simple fait de réussir à programmer le Championnat d’Europe un an plus tard que prévu — avec des équipes se déplaçant à travers l’Europe pour jouer des matchs — sera un triomphe pour l’UEFA sur un continent qui tente de venir à bout des nouveaux variants du coronavirus.

Depuis un an, les organisations sportives ont démontré l’intérêt de se replier dans « une bulle » pour garantir la tenue d’un événement. La NBA l’a fait à Orlando. L’UEFA de même avec son « final 8 » au Portugal pour terminer la Ligue des champions l’été dernier. Exception faite du XV de France, la bulle sanitaire, ça marche. Le risque d’infections au coronavirus augmente avec le nombre de déplacements des 24 équipes de l’Euro, et ajoute à la charge de travail des joueurs après une saison très chargée en raison de la pandémie. « Nous avons vu que les voyages sont un facteur de risque substantiel, peu importe les protocoles COVID mis en place par les sports professionnels », rappelait récemment Jonas Baer- Hoffmann, le secrétaire général du syndicat mondial des joueurs FIFPRO.

Au moins, le nombre de pays « organisateurs », avec des expériences différentes à chaque fois sur la gestion d’un événement, a été réduit de 13 à 11 après le retrait de la Belgique avant la pandémie et Dublin a perdu ses matchs plus récemment parce que l’Irlande n’est pas en mesure de garantir la présence de spectateurs comme l’exigeait l’UEFA. Le tournoi qui débute le 11 juin devrait être la première occasion pour le retour généralisé des spectateurs dans les stades à travers l’Europe depuis mars 2020, à condition que de nouvelles restrictions ne soient pas imposées. Mais tous les supporters ne pourront pas se rendre aux matchs, ce qui aura un impact sur l’atmosphère et les sources de revenus de l’UEFA.

Ce n’est pas pour rien que la Conmebol en Amérique du Sud se débat pour parvenir à organiser la Copa America en Argentine, en Colombie ou au Brésil. Peu importe où. L’Euro est également essentiel pour la trésorerie de l’UEFA, avec environ deux milliards d’euros de revenus en jeu après avoir déjà encouru des coûts de 300 M€ en raison du retard. L’UEFA a également débloqué plus de 235 M€ pour aider ses 55 associations membres à faire face à la pandémie. « L’ensemble de l’écosystème du football, aux niveaux professionnel, amateur et jeunesse, a été fortement perturbé par la pandémie », a rappelé Ceferin dans un récent rapport évaluant l’état des finances du football européen (8,7 milliards d’euros envolés pour les clubs sur deux saisons, ndlr). « Cela nécessite des efforts concertés et une réponse coordonnée tout au long de la pyramide du football. La solidarité, et non l’intérêt personnel, doit prévaloir et l’emportera. »