Cette semaine, la Fédération internationale de football (FIFA) tenait son comité exécutif. Deux des principaux partenaires de l’institution sérieusement chahutée ces derniers temps, Coca-Cola et McDonald’s, en ont profité pour appeler la FIFA à se réformer… une fois encore.

Depuis la révélation d’un scandale de corruption en son sein, l’image de la FIFA est passablement écornée. Un sénateur américain estime même que comparer la FIFA à la mafia est une insulte pour Cosa Nostra… Coca-Cola, l’un des principaux sponsors de la FIFA, a fait part de ses exigences à l’instance. Dans un courrier transmis à la FIFA que la BBC s’est procurée, la firme américaine demande à la Fédération internationale que sa réforme soit supervisée par une commission indépendante. Nous croyons qu’établir cette commission indépendante serait la façon la plus crédible pour la FIFA d’approcher son processus de réforme et que ceci est nécessaire pour regagner la confiance perdue. Nous militons pour cette approche au nom de notre engagement pour les droits de l’Homme et parce que nous espérons voir la FIFA réussir (sa réforme), précise Coca-Cola, partenaire de la FIFA depuis 1974 et sponsor de la Coupe du monde depuis 1978. Comme Coca-Cola, McDonald’s est soucieux de ne pas associer son image au(x) vaste(s) scandale(s) de corruption de la FIFA. La chaîne de restaurants plaide pour des changements significatifs afin de restaurer la confiance et la crédibilité (de la FIFA) aux yeux des supporters comme des sponsors. McDonald’s juge en outre les méthodes de l’instance incompatibles avec ce qu’elle attend de ses partenaires.

150 millions de dollars de pots-de-vin sur 24 ans

Sepp Blatter, le président de la FIFA, vient de présenter un certain nombre de réformes. Parmi elles, la limitation des mandats pour les dirigeants (lui-même est en poste depuis 1998, ndlr) et un contrôle plus poussé de la probité des membres du comité exécutif, avec la publication de leurs rémunérations. Blatter a annoncé la mise en place d’un groupe de travail de 11 personnes, présidé par une personnalité indépendante, pour proposer des réformes lors du congrès électif du 26 février 2016.

Plusieurs responsables de la Fédération internationale font l’objet d’une enquête ouverte par le département américain de la Justice pour des détournements de fonds. Réélu fin mai, Blatter a annoncé le 2 juin qu’il renoncerait à son mandat après la convocation d’un congrès extraordinaire. L’enquête de la justice américaine ne le vise pas personnellement. La justice américaine poursuit 14 personnes qu’elle accuse d’avoir sollicité et reçu plus de 150 millions de dollars en pots-de-vin et rétrocommissions sur une période de 24 ans. Quarante-sept chefs d’inculpation ont été retenus contre eux, dont racket, fraude et blanchiment. Samedi, Jeffrey Webb, ancien vice-président de la FIFA, extradé de Suisse vers les États-Unis, a plaidé non coupable. Remis en liberté contre une caution de 10 millions de dollars (!) et assigné à résidence, il faisait partie des sept responsables dont l’arrestation fin mai à Zurich a été le point de départ du scandale.

Déjà, en mai dernier, des organisations syndicales et des associations avaient mené une campagne incitant les huit plus gros partenaires commerciaux de la FIFA (Adidas, Gazprom, Hyundai, Kia, McDonald’s, Budweiser, Coca-Cola et Visa) à protester contre les conditions de vie et de travail des ouvriers employés sur les chantiers de la Coupe du monde de 2022 au Qatar.
Une agence pour redorer l’image de la FIFA

La FIFA fait appel aux services du cabinet d’image et spécialiste des situations de crise Teneo, basé à New York, afin de travailler sur des problématiques opérationnelles et de réputation. Une mission qui s’annonce difficile. Entendu devant une commission qui surveille les agissements de la FIFA, un sénateur américain, Richard Blumenthal, a estimé que comparer la FIFA à la mafia est presque insultant pour la mafia parce que dans la mafia la corruption n’aurait jamais été aussi flagrante, arrogante et manifeste.