En contractant avec ExpressVPN comme partenaire de la Coupe du monde 2026, la FIFA associe son image à une entreprise condamnée pour piratage de programmes sportifs. L’accord interroge la cohérence économique d’une instance qui vend elle-même des droits de diffusion évalués en centaines de millions d’euros.
Annoncé le 11 juin, à la veille du coup d’envoi du Mondial, le partenariat entre la FIFA et ExpressVPN a fait du fournisseur de réseau privé virtuel le premier sponsor de ce type dans l’histoire de la compétition. Panneaux publicitaires dans les stades, présence sur les flux de diffusion : l’accord s’inscrit dans la logique commerciale classique d’un tournoi qui doit multiplier les partenaires pour financer son organisation. Mais le choix de ce sponsor précis produit un effet inverse à celui recherché. Car ExpressVPN a été condamnée à plusieurs reprises par le tribunal judiciaire de Paris pour son rôle dans l’accès à des services de streaming pirates, précisément ceux qui érodent la valeur des droits que la FIFA et ses homologues cherchent à vendre au prix fort.
Une ardoise chiffrée en centaines de millions d’euros
Le piratage sportif n’est pas un sujet marginal pour les organismes de défense des droits audiovisuels. Selon une estimation avancée par l’Association pour la protection des programmes sportifs (APPS), qui réunit notamment beIN Sports, Canal+, TF1 et la Ligue de football professionnel (LFP), le préjudice global du piratage atteint 1,5 Md€ par an en France, dont 420 M€ de manque à gagner pour le budget de l’État. Pour le seul secteur sportif, l’Arcom évalue la perte à 290 M€ annuels. C’est dans cette économie déjà fragilisée que s’inscrit la polémique ExpressVPN : un produit qui facilite précisément le contournement des mesures de blocage vient s’afficher sur les panneaux publicitaires du plus grand événement sportif au monde.
L’accord tombe à un moment particulièrement sensible pour les diffuseurs français. LFP Media, la société commerciale de la Ligue de football professionnel et membre de l’APPS, prépare le lancement de Ligue 1+, plateforme censée diffuser seule l’intégralité des matches de Ligue 1 dès la rentrée. Dans ce calcul économique, chaque abonné perdu au profit du piratage pèse directement sur la rentabilité du modèle.
Le délégué général de l’APPS, Xavier Spender, a adressé à la FIFA un courrier exprimant une « vive préoccupation concernant l’accord de partenariat commercial conclu entre la FIFA et ExpressVPN ». Javier Tebas, président de la Liga espagnole, s’est montré plus tranchant encore dans une lettre adressée à Gianni Infantino, président de la FIFA, qu’il juge « manifestement incompatible avec les principes de protection des droits audiovisuels du football ». « Ce contrat de sponsoring avec la FIFA confère une apparence de légitimité à une entreprise condamnée en justice pour avoir facilité l’accès à des contenus piratés », continue le dirigeant espagnol.
La FIFA défend sa vérification préalable
Sollicitée par L’Équipe, la FIFA affirme procéder systématiquement à « une vérification préalable et une évaluation approfondie » avant de signer un nouveau partenariat commercial, et assure avoir pris des mesures pour que l’accord ne nuise pas aux détenteurs de droits. Une réponse qui n’a pour l’instant pas éteint la polémique : la Liga et l’APPS réclament des garanties concrètes de la part d’ExpressVPN pour empêcher son service de faciliter l’accès illicite aux contenus sportifs. L’épisode illustre un paradoxe difficile à résoudre pour la FIFA : capter de nouveaux revenus de sponsoring tout en préservant la valeur d’un marché des droits sportifs dont elle est elle-même l’un des plus grands bénéficiaires. Mais Gianni Infantino n’est plus à une décision contestable près.