WME-IMG a surpris tout le monde en rachetant l’UFC pour un montant record. Depuis plusieurs mois, les géants du sport-business procèdent à de la croissance externe. Avant de se racheter entre eux ? L’opération UFC est un signal pour l’industrie du divertissement.

C’est tout simplement, selon ESPN, la transaction la plus importante de tous les temps en ce qui concerne une organisation sportive. Quatre milliards, c’est presque le double de la valeur du groupe estimée par Forbes l’an dernier. L’UFC, fondé il y a 23 ans, avait été racheté en 2001 pour 2 millions de dollars par les frères Lorenzo et Frank Fertitta, propriétaires de casino. A l’époque, l’UFC est au bord de la faillite, plombé par sa réputation sulfureuse et son image peu ragoûtante. La plupart des commissions sportives américaines refusent de reconnaître le sport (encore appelé free fight) et les combats, très violents, déséquilibrés et peu régulés, opposent des pugilistes de seconde zone ou des stars en fin de carrière dans leur sport d’origine.

Sous la férule du promoteur Dana White, l’UFC se barde de règles, bannit les coups les plus dangereux et améliore son image. White fait émerger les premières stars, à l’instar de la médiatique Ronda Rousey. Dans les années 2000, on parle du MMA. le sport gagne en popularité et s’exporte tout autour du globe. Parallèlement, l’UFC développe ses parts de marché et absorbe les petits promoteurs, comme Strikeforce. Aujourd’hui, les combats du promoteur américain sont diffusés dans plus de 150 pays : aux Etats-Unis grâce à un lucratif partenariat avec la chaîne Fox et à l’étranger grâce au pay-per-view. Les revenus bruts de l’UFC (dont le cheikh Mansour d’Abou Dhabi a pris 10% en 2011) s’élèveraient pour l’année 2015 à 600 millions de dollars. Ils devraient exploser avec la renégociation du partenariat avec la Fox en 2018.

Si le MMA n’a pas encore la respectabilité d’une discipline « classique », l’UFC est en passe de lever les dernières résistances médiatiques et légales. Seuls trois pays interdisent encore les combats libres en cage : la France, la Norvège et la Thaïlande. Le dernier défi de l’UFC est la lutte contre le dopage, signalée par son partenariat avec l’USADA, l’agence antidopage américaine, depuis juillet 2015.

Le MMA est en voie de « normalisation »

Les productions de l’UFC sont couverts par des médias grand public, se tiennent dans les plus grandes arènes à guichets fermés et dépassent la boxe en terme de revenu en pay-per-view. L’UFC va organiser en novembre ce qui s’annonce comme le plus grand gala de son histoire à New York, au Madison Square Garden, temple du noble art. Il est loin le temps où le sénateur John McCain qualifiait le MMA de combat de coqs avec des humains.

Nul doute qu’entre les mains de WME-IMG, la normalisation du MMA devrait s’accélérer. WME-IMG, qui cherche à passer d’intermédiaire de luxe à producteur de contenus, devrait mettre en place de nombreuses synergies entre les studios de cinéma et le MMA. On peut donc s’attendre à voir les combattants de l’UFC cannibaliser les films d’action dans les années à venir, comme a pu le faire la WWE de catch dans les années 90 avec l’omniprésence de The Rock ou Hulk Hogan. Le mélange des genres entre sport et cinéma est dans l’ADN de l’UFC : ses cages octogonales ont été imaginées dans les années 1990 par John Milius, le réalisateur de Conan le Barbare.