Certes, la facture est moins lourde qu’en première instance. Mais les faits sont là. La cour d’appel de Bordeaux condamne le fabricant de maillots de bain à verser 3 millions d’euros à 92 ex-salariés de Libourne (Gironde) après la délocalisation du site en 2007. En première instance, Arena avait été condamné pour licenciement économique abusif. Le conseil des prud’hommes avait alloué 4,8 millions d’euros de dommage et intérêts aux ex-salariés.

Il est impossible d’empêcher les licenciements financiers, mais ça coûte cher aux entreprises qui prennent le risque de vouloir améliorer leurs marges, s’est réjouit l’avocat des salariés, François Ruffié. Outre la condamnation aux dommages et intérêts, Arena doit également rembourser quatre mois d’indemnisation aux Assedic. Arena devra payer les dommages et intérêts avant de se pourvoir en cassation. Les ex-Arena devraient percevoir entre 15.000 et 59.000 euros en fonction de leur ancienneté et de leur situation actuelle. A ce jour, seules 47 personnes ont retrouvé un contrat à durée indéterminée.

Rentabilité économique contre stabilité de l’emploi

La décision est hautement symbolique. Surtout en ces temps où les fermetures d’usines se multiplient. Lors de l’audience, Me François Farmine, avocat d’Arena, avait tenté de démontrer que la marque était forcée de fermer son site historique par un manque de compétitivité. Bien qu’ayant déjà transféré une partie de la fabrication en Tunisie, Arena affirmait que le résultat net perdu de 1,54 euros sur chaque pièce issue des ateliers libournais mettait en péril, à terme, la stabilité du groupe. L’avocat de l’ancienne filiale d’Adidas avait également mis l’accent sur l’effort important de la société en faveur du plan de sauvegarde de l’emploi. Chaque employé a en effet perçu vingt-sept mois de salaire. Et 9,5 millions d’euros ont été débloqués pour financer un plan de reconversion. Le prix à payer pour rayer le site girondin de la carte, diront certains.

Mais les magistrats ont eu une autre appréciation de la décision d’Arena. La décision prise par la société Arena de cesser totalement son activité et de fermer son unique site de production correspond moins à une nécessité économique qu’à la volonté de privilégier la rentabilité de l’entreprise et du groupe au détriment de la stabilité de l’emploi, soulignent les magistrats de la cour d’appel de Bordeaux en relevant que la société était bénéficiaire lors de la fermeture. Entre 2000 et 2006, le chiffre d’affaires du groupe Arena, alors constitué d’une unité de fabrication et de six sociétés de distribution, a certes chuté, passant de 100 à 77 millions d’euros, mais les comptes n’ont pas pour autant plongé dans le rouge. En 2005, selon l’expert désigné par le comité d’entreprise, les bénéfices étaient non seulement significatifs mais résolument orientés à la hausse. La compétitivité au niveau du groupe n’était pas menacée, a estimé la cour.

Effet boomerang

Les dirigeants d’Arena soutenaient que les 10 millions d’euros économisés chaque année du fait de la disparition de l’usine de Libourne représentaient une garantie pour l’avenir. Ils permettaient de développer la recherche, d’intensifier le marketing et de renforcer le réseau de distribution. Mandaté par l’équipementier, le cabinet Deloitte a produit une étude qui devait valider cette stratégie. Or, celle-ci a surtout desservi Arena. Il ressort de ce rapport qu’entre 2005 et 2008, la plupart des prix de vente ont été stables, certains ayant très faiblement diminué. La diminution des marges à la fabrication n’a pas été répercutée, constate la chambre sociale de la cour d’appel. Si les Jeux olympiques de Pékin de 2008 ont généré une légère augmentation des dépenses de marketing, les budgets commerciaux n’ont pas bougé. Quant aux créations de nouveaux magasins, elles étaient au moment du jugement toujours en préparation. Seules les dépenses design et développement ont connu une hausse sensible (600.000 euros).

Avec ce jugement, l’image du fabricant de maillots de bain en sort singulièrement écornée. On peut penser que la fermeture de l’usine était déjà programmée dès la prise de contrôle en 2006 de l’équipementier par le fonds de pension italien, BS Private Equity au terme d’une opération de MBO (Management Buy-Out).