Le rugby féminin s’impose progressivement comme un levier économique crédible pour l’ensemble de l’écosystème. Avec des revenus sponsoring en forte hausse, World Rugby cherche à démontrer la viabilité d’un modèle encore en construction.
Le rapport « A Blueprint for Growth » (Un plan pour la croissance) met en avant une progression spectaculaire des revenus commerciaux liés au rugby féminin, notamment à l’occasion de la Coupe du monde. World Rugby observe une hausse de 330 % des revenus sponsoring entre les éditions 2021 et 2025 ! Derrière cette dynamique, un phénomène classique dans le sport business : la corrélation directe entre exposition médiatique et valorisation des droits commerciaux. Plus les audiences progressent, plus les marques suivent. 53 % des fans ont découvert ce sport à travers des plateformes de télévision et de streaming. En fait, 39 % des fans de rugby féminin affirment que la visibilité accrue des joueurs a stimulé une plus grande participation au rugby féminin.
S’agit-il d’une croissance durable ou d’un effet événementiel encore fragile ?

Appétit des marques
Le rapport souligne également une évolution du comportement des sponsors. Le rugby féminin bénéficie d’une image perçue comme plus accessible, inclusive et authentique, des valeurs recherchées par les annonceurs. Cette affinité se traduit par un engagement supérieur des fans vis-à-vis des marques partenaires, renforçant l’attractivité commerciale de la discipline. Près de la moitié (49 %) des fans de rugby féminin ont commencé à suivre la discipline au cours des deux dernières années et plus de la moitié (55 %) s’attendent à accroître leur intérêt à l’avenir. 73 % des fans considèrent également que les parrainages sont essentiels pour augmenter la visibilité du rugby féminin. En outre, 42 % montrent une plus grande volonté de parler de marques qui sponsorisent le rugby féminin, des chiffres qui sont au-dessus (+9%) du rugby masculin.
Projection internationale
World Rugby inscrit cette dynamique dans une ambition plus large d’expansion mondiale. Le développement du rugby féminin apparaît comme un levier pour conquérir de nouveaux marchés, notamment en Amérique du Nord et en Asie.
Modèle économique en construction
La hausse des revenus s’inscrit dans un cycle d’investissement où la monétisation reste largement dépendante des grandes compétitions. Le rugby féminin, à l’image d’autres disciplines féminines, repose encore sur une logique de « pics » économiques, concentrés autour des événements internationaux. Cette dépendance interroge la capacité des fédérations et des ligues à structurer des revenus récurrents hors calendrier mondial.
Le défi est d’autant plus important que les coûts de développement (professionnalisation des joueuses, production audiovisuelle, marketing) augmentent rapidement. L’équation économique reste donc déséquilibrée à court terme, malgré des indicateurs de croissance prometteurs.