À l’ère des plateformes et des documentaires, les sportifs ne sont plus seulement des performeurs. Ce sont des marques. À condition de le comprendre et d’agir en conséquence. La conférence Akili Mirari Talks à Cannes, a offert une masterclass en la matière.
La notoriété sportive est un capital. Volatile, éphémère, mais réel. Elle s’accumule sur des années de résultats, d’expositions télévisées, de moments partagés avec un public. Et puis elle se dissipe, souvent bien plus vite qu’elle ne s’est construite. Le sprint médiatique qui suit une médaille olympique dure, en moyenne, quinze jours. Le reste appartient à la stratégie.
C’est cette vérité, lucide et sans détour, qu’ont partagée Sarah Ourahmoune, Allison Pineau et Adil Rami lors de la conférence Akili Mirari Talks organisée à Cannes le 19 mai par l’agence Akili Partners. Trois trajectoires différentes, une même conviction : l’image se construit, ou elle s’érode.
L’image comme investissement, pas comme accessoire

Sarah Ourahmoune a théorisé cette approche avec une clarté qui force l’admiration. En 2014, alors qu’elle prépare ses derniers Jeux Olympiques tout en levant des fonds pour sa start-up de boxe connectée, elle prend une décision que beaucoup lui déconseillent : investir dans son image alors qu’elle n’est pas encore visible. « Tout le monde me disait que c’était de la folie. Le double échec sportif et business. J’ai dit non. » Son raisonnement : si elle se qualifie pour Rio, la fenêtre médiatique sera courte (quinze jours), mais intense. Il faut être prêt à la capitaliser. Elle se tourne vers Caroline Angelini, qui deviendra son agente, et entame un travail de long cours.
Résultat : à Rio, médaillée d’argent, elle est partout. Plus visible, selon Allison Pineau présente aux mêmes Jeux, que certains champions olympiques. « Je ne comprenais pas comment elle faisait. J’ai cherché à comprendre. »

La cohérence comme boussole
La leçon que retient Allison Pineau de dix ans de construction d’image : la cohérence. Pas l’exposition à tout prix, pas la visibilité pour la visibilité. Mais une ligne directrice claire, tenue dans le temps, alignée avec ses valeurs profondes.
« J’ai toujours réfléchi à long terme. Une décision qui ne paie pas immédiatement peut payer énormément dans dix ans. » La preuve : les « graines semées » pendant sa carrière, prises de parole, engagements, choix de partenaires, lui ont permis de s’imposer naturellement comme consultante télé, tout en développant ses activités dans l’entrepreneuriat et la finance. Sans rupture. Sans reconversion brutale.
Pour les marques qui travaillent avec des athlètes, ce message est essentiel : un partenariat sportif efficace ne se construit pas sur la seule notoriété du moment, mais sur l’alignement de valeurs sur le temps long.
L’authenticité comme différenciant
Adil Rami représente, de son côté, une autre école du personal branding : celle de l’authenticité radicale. Jamais formaté, jamais dans les cases, il a fait de son naturel désarmant (l’humour, la spontanéité, l’art de ne jamais jouer un rôle…) un actif rare et identifiable.
« Pendant toute ma carrière, j’ai été moi-même. En conférence de presse, j’essayais de faire rire. Je ne calculais rien. » Ce non-calcul, paradoxalement, est devenu une marque de fabrique. Aujourd’hui, trois ans après la fin de sa carrière footballistique, son nom reste un aimant à attention.

Pour les équipes marketing et les décideurs du sponsoring, la question n’est pas seulement « quelle audience cible cet athlète ? » mais « quelle histoire raconte-t-il, et pendant combien de temps ? »
Le sport comme matière narrative, nouvel eldorado des marques
Le dernier enseignement de cette table ronde cannoise touche au cœur du business sportif : les athlètes sont devenus des personnages publics à part entière, dotés de récits complexes, de failles assumées, de trajectoires qui dépassent largement leur discipline. Les documentaires, les podcasts, les réseaux sociaux ont changé la donne.
« Avant, on voyait des images lisses. Aujourd’hui, les gens veulent l’humain derrière l’athlète », résume Allison Pineau. Cette intimité nouvelle crée une proximité avec le public qui vaut, pour les marques, bien plus qu’un simple placement de logo.
Investir dans l’image d’un athlète, avant, pendant et après sa carrière, c’est investir dans une histoire qui dure. À condition de comprendre que la meilleure stratégie reste, toujours, celle qui ressemble vraiment à quelqu’un.
Cette conférence a été organisée par l’agence Akili Partners dans le cadre d’Akili Mirari Cannes 2026, en partenariat avec NONA Drinks.

