Plusieurs contrats de diffusion arrivent à leur terme. C’est l’occasion pour TF1, comme tout bon acheteur, de demander une ristourne à ses fournisseurs. L’Euro 2012, la Ligue des champions et la Formule 1 sont dans le collimateur.

Dans le monde d’avant, les choses étaient plus simples. Ce monde, c’était celui d’avant la multiplication des chaînes du câble et du satellite, d’avant l’apparition de la TNT, d’avant l’intrusion d’Internet dans la consommation médias des foyers. Dans ce monde d’avant, TF1 pouvait surpayer les événements sportifs diffusés : la chaîne était assurée de réaliser un carton d’audience. L’investissement était rarement rentable, mais il participait à la construction de l’image de TF1 comme chaîne des grands événements.

Dans le monde d’aujourd’hui, le sport n’est toujours pas rentable pour une chaîne en clair, mais il a désormais le tort de ne plus écraser la concurrence en terme d’audience. Avec l’équipe de France de football, les audiences sont plus proches des 7 millions de téléspectateurs que des 10 millions du début des années 2000.

TF1 ne veut donc plus payer aussi cher les événements sportifs. C’est le message que cherche à faire passer Laurent-Eric Le Lay. Plus qu’avant, nous devons être très prudents dans notre politique d’acquisitions, estime dans le quotidien Les Echos le PDG d’Eurosport, filiale de TF1, mais aussi en charge de l’acquisition des droits sportifs pour le groupe.

On pense ainsi à la Ligue des champions, dont les audiences reculent alors que le terme du contrat de 25 millions d’euros par an est pour 2012. Il y aussi l’Euro 2012. Pour l’instant, aucune chaîne française n’a acheté l’événement qui se déroulera en Ukraine et en Pologne. TF1 et M6, associées pour l’Euro 2008, ont bien formulé une offre conjointe, mais l’UEFA l’a rejetée. Notre offre était économiquement acceptable, estime Laurent-Eric Le Lay. Elle était supérieure aux recettes publicitaires de l’Euro 2008, mais inférieure à ce que l’on avait payé en 2008. Pour mémoire, TF1 et M6 avait payé 100 millions d’euros. Les deux chaînes avaient récolté respectivement 41 et 32 millions d’euros en recettes publicitaires. TF1 demande des garanties comme celle de pouvoir bénéficier d’une ristourne en cas d’événement imprévu comme la non-qualification de l’équipe nationale. Il faut que les fédérations comprennent qu’on ne peut plus acheter un événement avec un bandeau sur les yeux, sans savoir si l’équipe nationale va y participer, explique encore le responsable de TF1 dans L’Equipe. Le prix ne peut pas être le même avec ou sans l’équipe de France. On appellera ça la jurisprudence Domenech. Par deux fois, pour l’Euro 2008 et la Coupe du monde 2010, l’équipe de France (pour laquelle la chaîne a obtenu un contrat revu à la baisse, à 45 millions d’euros par an, avec une clause de résultat liée à l’audience) a attendu le dernier moment pour se qualifier. Et dans le cas du Mondial, la décision ne s’est faite qu’au mois de novembre 2009 après un barrage contre l’Irlande. Pour TF1, qui avait déjà acheté le Mondial 2010 pour 120 millions d’euros, cette incertitude est pesante.

Avec la Formule 1, TF1 aimerait également obtenir un rabais. Son contrat de diffuseur expire en 2012. Mais les tractations seront plus difficiles. Lors de la précédente renégociation, la F1 était phagocytée par la domination de Ferrari. TF1 était parvenue à obtenir une baisse liée aux résultats. Elle verse aujourd’hui une somme inférieure à ses consoeurs étrangères. Pour l’Angle-terre, la FOM de Bernie Ecclestone reçoit jusqu’à 40 millions d’euros par an, contre 30 millions pour la Une. Et si TF1 fait moins d’audience que la BBC avec la F1, les derniers résultats ne vont pas inciter Ecclestone à baisser la facture. Cette saison, les Grand Prix ont été regardés en moyenne par plus de 3 millions de téléspectateurs, ce qui a apporté à TF1 une part de marché comprise entre 20 et 25%. La dernière manche du championnat du monde a été regardée par 4,4 millions de téléspectateurs, avec un pic à 5,6 millions, soit la meilleure audience de la saison après l’épreuve inaugurale de Bahreïn. Paradoxalement, le déplacement des courses vers l’Asie sert les recettes de la chaîne. Les Grand Prix matinaux permettent de booster une tranche horaire boudée par les annonceurs.