Les Français s’inquiètent de la disparition du sport en clair à la télévision. Le sondage exclusif réalisé par notre partenaire Future Thinking France et SSI pour Sponsoring.fr met un chiffre en exergue : 62% des Français pensent qu’à l’avenir le sport sera disponible exclusivement sur les chaînes payantes. Même lorsqu’ils sont passionnés de sport et abonnés à une chaîne payante, les sondés se déclarent pourtant favorables à une diffusion en clair des événements majeurs. Alors que la question de la diffusion future d’un événement tel que Roland-Garros ne va pas tarder à se poser, nous avons interrogé France Télévisions sur le sujet. Le service public sera-t-il en mesure de conserver son tournoi du Grande Chelem ou devra-t-il le partager ? Les Français ont leur avis…

Il existe une vraie crainte de la part du public d’assister à la disparition des événements sportifs sur les écrans en clair, entame Stéphane Marder, président de Future Thinking France, l’institut en charge du sondage. Les mesures que nous avons relevées concernent l’ensemble de la population et non pas uniquement les intéressés au sport. Cette crainte est identique que la personne dispose d’un abonnement à une chaîne payante ou pas. Nous avons montré les résultats à Daniel Bilalian pour recueillir son ressenti. Est-il aussi pessimiste que les Français ? Mon métier m’incite toujours à m’inquiéter, répond le directeur des Sports de France Télévisions. Beaucoup de détenteurs de droits hésitent encore à contracter avec un acteur surdimensionné, mais à l’audience encore confidentielle. Mais combien de temps cette situation va-t-elle durer ?

La concurrence des chaînes payantes n’est pas l’unique sujet de préoccupation du service public. Il redoute aussi l’arrivée annoncée des géants du Net (comme Google) associés à des industriels de l’univers de l’audiovisuel et/ou des télécommunications (comme Samsung). L’association entre ces multinationales peut répondre à la demande d’une certaine frange de la population qui veut tout et tout de suite. Ce n’est même plus une question d’argent mais d’accès immédiat à la diffusion.

Les événements majeurs sur les chaînes payantes

Toutefois, aujourd’hui, le débat porte avant tout sur les points forts et points faibles des acteurs en clair. C’est un lourd débat qui touche les chaînes en clair depuis plusieurs années, mais le phénomène s’est accentué depuis quelques temps, remarque Stéphane Marder. Surtout depuis l’arrivée sur le marché français de beIN Sport. La liste des événements sportifs accessibles uniquement sur abonnement à la télévision s’allonge effectivement pour les téléspectateurs français. Entre Canal+, beIN Sport (plus Eurosport et Ma Chaîne Sport à un degré moindre), les chaînes cryptées se taillent la part du lion en matière de diffusion sportive. Plus aucune discipline n’est sanctuarisée. Il était inenvisageable que les rencontres de la Coupe du monde 1998 ne soient pas accessibles au plus grand monde. En 2016, la France accueillera le Championnat d’Europe des Nations, mais il sera nécessaire d’être abonné à beIN Sport pour regarder les cinquante-et-une rencontres. Vingt-neuf matches sont réservés à ses abonnés. Une première sur le marché français pour une compétition aussi populaire et sans décalage horaire.

Depuis cette saison, la Ligue des champions n’offre plus de fenêtre en clair. La principale compétition du continent passe par les canaux de Canal+ et beIN Sport. TF1 payait 25 millions d’euros par an pour le match vedette à chaque journée. Canal+ règle aujourd’hui une addition d’environ 50 millions d’euros pour le même produit (plus les résumés des autres rencontres). TF1 n’a pas souhaité surenchérir, comme elle a laissé partir, sans regret, le Championnat du monde de Formule 1 sur Canal+ encore.

Nicolas de Tavernost : Le prix actuel des matches n’a plus d’intérêt économique pour la télévision gratuite

Economiquement, l’équation n’est plus tenable pour les chaînes en clair. TF1 l’a signifié aux détenteurs de droits. Président de M6, Nicolas de Tavernost, estime lui aussi que la situation va non seulement perdurer mais aussi s’accentuer. Le prix actuel des matches n’a plus d’intérêt économique pour la télévision gratuite, a-t-il déjà conclu. Le football n’a jamais été rentable, et il l’est encore moins aujourd’hui. On assiste à la disparition du sport en gratuit. Un raisonnement similaire à celui de nos sondés.

86% des Français sont favorables à une intervention législative en faveur des chaînes en clair

A vrai dire, la France fait pourtant figure d’exception dans le paysage européen. Les autres pays proposent une répartition des matches de la Ligue des champions et de la F1 associant respectivement un diffuseur gratuit et une chaîne à péage. Une situation que connaissait la France avec la cohabitation TF1-Canal+ entre 1999 et 2012 sur la C1.

Ligue des champions, Formule 1 ou Ligue 1 et Top 14, ce sont des compétitions de flux. Elles sont construites pour satisfaire les chaînes sur abonnement. Mais l’Euro 2016 démontre que les grands événements sont également touchés et prennent le virage du payant. Jusqu’aux Jeux olympiques ? De grandes compétitions vont aller sur les télés payantes car elles valent trop cher, estime encore Nicolas de Tavernost. Les chaînes historiques conserveront seulement les événements protégés. La consultation aura valeur de test. Une refonte du décret de 2004, listant vingt et un événements dits d’importance majeure et devant être proposés à des acteurs en clair, est en cours. Mais elle ne répondra pas à la demande des Français exprimée dans notre sondage. 86% sont favorables à la mise en place d’une loi rendant obligatoire la diffusion des événements sportifs majeurs en clair à la télévision. Si j’étais un homme politique je surferai sur ce résultat, commente Stéphane Marder. La réponse est massive à cette question. Un avis que ne partage pas l’homme de télévision qu’est Daniel Bilalian. Rendre trop de choses obligatoires n’est pas nécessairement une bonne idée.

Peu importe l’intrusion de messages publicitaires. Ils sont 90% à préférer une diffusion entrecoupée de publicités, mais retransmise gratuitement, à une diffusion sans coupure mais accessible uniquement sur abonnement. La question du pouvoir d’achat prime. S’abonner à Canal+ et beIN Sport nécessite une cinquantaine d’euros par mois. Un résultat qui n’étonne pas Daniel Bilalian. Celui qui aime le sport et veut le partager avec ses amis souhaite suivre un événement sur une chaîne grand public. Un abonné n’a pas la même démarche. Mais accepteraient-ils pareil situation avec une hausse de la redevance en conséquence ? Rien n’est moins sûr. Payer plus pour voir du sport n’est pas dans l’air du temps, ajoute le président de Future Thinking France. Ce qui explique sans doute que les sondés (à 75%) voient d’un bon œil un partage des droits de retransmission du service public avec d’autres chaînes.

Un scénario qui ne convient pas totalement à France Télévisions, concerné au premier chef avec le Tour de France, Roland-Garros et les Jeux olympiques. Pour France Télévisions, la co-diffusion est une perte d’audience. Lorsque Canal+ diffuse la finale du Top 14 en même temps que France Télévisions je perds de 500.000 à 700.000 téléspectateurs alors que, paradoxalement, des abonnés nous rejoignent pour suivre cet événement. La Fédération française de tennis (FFT) a programmé des négociations sur les droits de retransmission de Roland-Garros dans les prochains mois. Le service public répond qu’il pendra part aux négociations. Mais il émet aussi la condition de conserver les Internationaux de France de tennis dans leur intégralité ! Un scénario qui ne répond pas totalement à la volonté de la FFT d’augmenter ses ressources pour assumer la révision programmée du prize-money en faveur des joueurs et à la hausse du coût de rénovation et d’extension du site de Roland-Garros.

Un compromis est attendu. Le service public est le seul capable d’offrir la visibilité attendue par les sponsors du tournoi parisien. C’est le pari que fait Daniel Bilalian. Les événements patrimoniaux majeurs, comme les Jeux Olympiques, qui sont susceptibles d’intéresser le grand public, resteront sur les chaines gratuites. D’une part parce que c’est l’intérêt des organisateurs qui ont besoin d’avoir une exposition majeure. D’autre part, c’est l’intérêt des principaux partenaires, qui ont besoin d’être confrontés à une audience maximale. France Télévision ne veut pas insulter l’avenir. Le service public se dit prêt à codiffuser des retransmissions sportives.

Bilalian : Notre The Voice, c’est le Tour de France

Ce qu’il fait déjà pour la Coupe de France avec Eurosport et comme il pourrait le faire avec la Coupe de la Ligue un jour. La co-diffusion est parfois un moyen nécessaire pour la concrétisation des contrats, précise Daniel Bilalian. Tout dépend du vendeur. Et du produit concerné aussi. L’exception Roland-Garros s’étend au Tour de France et au Tournoi des Six Nations également… Pour nous, le sport et l’information sont les derniers vecteurs d’audience, conclut le directeur des Sports de France Télévisions. Le cinéma ne l’est plus, la TNT diffuse des films tous les soirs. C’est encore plus important pour France Télévisions car nous n’avons pas de téléréalité. Notre The Voice et notre Star Academy, c’est le Tour de France, c’est le Tournoi des Six Nations et c’est Roland-Garros !

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