L’Autorité de la concurrence a refusé l’accord de distribution exclusif entre Canal+ et beIN Sports. Un camouflet pour Vincent Bolloré, premier actionnaire de Vivendi.

La chaîne cryptée tente de trouver des solutions pour séduire à nouveaux les fans de sport, principal pilier de son offre avec le cinéma. Canal+ a dévoilé en février ce projet d’accord sur cinq ans, estimé à 1,7 milliard d’euros sur la période, prévoyant que les chaînes beIN Sports en France soient disponibles en exclusivité dans les offres du groupe.

L’Autorité de la concurrence, qui devait initialement donner ses conclusions avant fin mai, avait repoussé l’échéance après de nouvelles propositions apportées par Canal+. La filiale de Vivendi s’est engagée à continuer à proposer beIN en offre indépendante, sans passer par Canal+. Mais, selon l’Autorité, cet accord poserait plusieurs problèmes de concurrence. Canal+ voulait proposer des offres couplées Canal+/beIN, avec une économie de 3 ou 4 euros par rapport aux offres séparées (et encore davantage la première année comme l’illustre l’offre promotionnelle en cours de 30 euros par mois pendant un an, ndlr). Pour Canal+, l’objectif était de regagner des abonnés et des recettes. Depuis trois ans, la chaîne perd des abonnés, perd des droits sportifs et perd de l’argent (475 millions d’euros de pertes anticipés pour 2017). Pour beIN, l’objectif était de devenir rentable grâce à des recettes garanties.

Ce n’est pas l’accord avec beIN qui aurait restauré les finances de Canal+, a avancé Bruno Lasserre, le président de l’Autorité de la concurrence. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) – qui n’a qu’un rôle consultatif – a également estimé qu’un accord regroupant deux acteurs pesant ensemble encore environ 80 % des droits sportifs était problématique pour le secteur. L’acquisition des droits de la Premier League anglaise par le groupe Altice, reste à ce jour une expérience isolée et ne démontre donc pas l’émergence d’une concurrence suffisante et pérenne sur le marché, note l’Autorité de la concurrence dans sa décision. Pour que l’accord entre les deux chaînes devienne effectif, l’antitrust devait lever une injonction concernant la distribution de chaînes premium. Une mesure imposée, jusqu’en 2017, au groupe Canal en 2012 parce qu’il n’avait pas respecté ses engagements de 2006 suite à la fusion entre CanalSat et TPS. L’Autorité dit engager le réexamen de l’ensemble de ces injonctions au cours des douze prochains mois, afin de définir un cadre clair et prévisible pour la période 2017-2022.

Le Groupe Canal prend acte de la décision de l’Autorité de la Concurrence de ne pas autoriser la distribution exclusive des chaines beIN Sports au sein des offres du Groupe Canal. Le groupe devra donc travailler sur d’autres solutions pour faire cesser les pertes des chaînes françaises Canal+, a réagi, de son côté, la chaîne cryptée. Vincent Bolloré avait présenté cet accord comme une étape essentielle dans le redressement de la chaîne cryptée. Il y a quelques semaines, le patron de Vivendi avait assuré qu’il n’excluait pas de fermer la chaîne à terme. L’Autorité de la concurrence n’y croit pas vraiment, avec des bénéfices toujours au rendez-vous grâce à CanalSat (14,7 millions d’abonnés au total, dont 5,7 en France pour un chiffre d’affaires de 5,5 milliards d’euros en 2014).

A noter que cette décision de l’Autorité de la concurrence va permettre à Canal+ de réaliser de substantielles économies avec les 300 à 400 millions d’euros par an qui ne seront pas dépensés pour distribuer beIN Sports… Des économies que le groupe peut réinvestir dans l’achat de droits sportifs qui sont régulièrement remis aux enchères.