Quand une maison de couture centenaire envisage de prêter son nom à une écurie de Formule 1, c’est toute l’économie du sport automobile qui se recompose sous nos yeux. Les discussions entre Alpine et Gucci pourraient consacrer une première absolue.
Tout commence par un costume ou presque. Il y a quelques semaines, Alpine et le groupe Kering officialisaient un accord aux apparences modestes : Brioni, la maison de couture pour hommes du conglomérat français, habillera désormais l’encadrement de l’écurie lors des temps forts de la saison. Une entrée discrète qui, rétrospectivement, ressemble à une mise en bouche. Car selon plusieurs sources concordantes, les négociations se poursuivent à un niveau autrement plus ambitieux : Gucci serait en discussions avancées pour devenir le sponsor titre d’Alpine à partir de la saison 2027, succédant à BWT, dont le contrat s’achève à l’issue de la saison 2026. L’écurie basée à Enstone abandonnerait ses couleurs rose et bleue pour adopter la palette rouge, verte et or de la maison florentine, et se renommerait « Gucci Alpine Formula One Team ».
Ce rapprochement doit beaucoup à un homme. Luca de Meo, architecte du retour d’Alpine en Formule 1 et proche de Flavio Briatore qu’il a placé comme conseiller exécutif de l’équipe, a rejoint Kering en septembre 2025 pour en prendre la direction générale. Il s’habille en Brioni, suit la compétition avec passion et connaît les rouages d’Enstone mieux que quiconque. Sans qu’aucune confirmation officielle n’ait été apportée, sa trajectoire forme le fil conducteur d’un accord qui n’aurait guère pu émerger sans lui. Côté Renault, le nouveau patron François Provost, moins féru de sport automobile que son prédécesseur, voit surtout dans ce dossier une opportunité de sécuriser des recettes : un contrat de naming de cette envergure pourrait rapporter entre plusieurs dizaines de millions par saison, apportant une précieuse visibilité budgétaire à une écurie qui a terminé dernière du classement constructeurs en 2025. « Alpine Formula One Team est constamment à la recherche de nouvelles opportunités de partenariat », a déclaré un porte-parole de l’équipe. Gucci, de son côté, n’a pas souhaité commenter.
La F1, nouveau ring du luxe mondial
Si l’opération se concrétise, elle serait sans précédent : aucune maison de luxe n’a encore signé comme sponsor titre d’une écurie. Elle s’inscrirait pourtant dans une dynamique de fond irrésistible. En moins d’une décennie, Liberty Media a transformé la F1 en phénomène culturel planétaire : 827 millions de fans revendiqués, des recettes de sponsoring multipliées par dix (3 Md€), une audience rajeunie et féminisée qui attire l’industrie de la mode. LVMH avait ouvert la voie en 2024 avec un méga-partenariat de dix ans et un milliard d’euros : Louis Vuitton sur les panneaux de bord de piste, Moët & Chandon sur les podiums, Tag Heuer comme chronométreur officiel, et des accords titre sur les Grands Prix de Monaco, Spa et Madrid. Kering ne peut se permettre de laisser son rival de la place Vendôme occuper seul ce terrain. Gucci, qui représente la moitié des ventes du groupe et les deux tiers de son résultat opérationnel courant, traverse une phase de repositionnement où l’audace est revendiquée comme ADN. S’afficher sur les grilles de départ devant plusieurs centaines de millions de téléspectateurs par saison serait pour la maison née à Florence bien plus qu’un logo sur une carrosserie : une déclaration d’intention planétaire.