Avec l’Espagne, l’Italie est le pays qui a été le plus loin dans l’exploitation des droits de retransmission du football. Alors que l’Angleterre, la France et l’Allemagne privilégient une négociation et une répartition collective, les Italiens ont opté pour le chacun pour soi. Une situation qui ravit les plus grands clubs mais agace les petits.

Ils participent au même championnat, mais ils n’ont pas droit au même traitement. Les Italiens ont fait voler en éclat le principe de solidarité en matière de répartition des Droits TV en 1999. Le texte voté il y a six ans donne la responsabilité à chaque club de négocier seul ses droits de diffusion avec les chaînes télévisées. Cette logique destructrice paraît arriver en bout de chaîne. Si la Juventus Turin ou le Milan AC signent des contrats toujours plus importants avec les diffuseurs, les autres formations ne ramassent que des miettes. Faussée économiquement, la compétition est également faussée sportivement compte tenu de la différence de moyens entre les formations de Serie A. En décembre, la Juventus a ainsi annoncé la vente pour 218 millions d’euros (!) de ses droits TV pour la période 2007-2009 à Mediaset, le groupe de la holding Fininvest, propriété du chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi.

Les autres formations veulent boycotter la Juve

Les autres clubs grognent. La Fiorentina réclame un retour à l’ancien système. Mais le parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia, a enterré une proposition de loi, proposée par le parti de l’Alliance Nationale (AN), destinée à redistribuer plus équitablement la vente des droits TV. Nous sommes prêts à interrompre le Championnat, a réagi le président de la Fiorentina, Diego Della Valle. Avec Palerme, Parme et la Sampdoria de Gênes, les clubs italiens ont fait part de leurs craintes d’être de plus en plus marginalisés par ces accords. Le refus de Forza Italia a été critiqué par l’opposition, qui a dénoncé un nouveau conflit d’intérêts pour Silvio Berlusconi, qui n’est plus président du Milan AC mais en reste propriétaire par le biais de la Fininvest. Sincèrement, je ne suis pas au courant de cet épisode (…) et je ne suis plus président du Milan AC, s’est défendu le Premier Ministre italien. Diego Della Valle, un important industriel de la chaussure italienne, a répliqué en accusant Berlusconi de mentir. Berlusconi est un menteur, il doit retirer ses pattes du football, ce n’est pas sa chose, a-t-il déclaré dans le quotidien sportif La Gazzetta dello Sport. Le président du Milan AC, Adriano Galliani, qui est également celui de la Ligue italienne de football, a défendu Silvio Berlusconi. Je suis lié par 26 ans d’activité avec M. Berlusconi et c’est pourquoi je peux assurer que c’est un homme loyal qui ne ment pas et qui ne doit avoir honte devant personne, voilà ma réponse à M. Della Valle, a affirmé Adriano Galliani. Le président de la Sampdoria de Gênes, Riccardo Garrone, a également menacé de boycotter le Championnat d’Italie. Il propose de ne pas jouer contre les grands Juventus Turin, Inter Milan et Milan AC, ou alors d’aligner des équipes juniors afin d’enlever tout intérêt aux rencontres. Si l’on ne trouve pas une solution au plus vite, nous arriverons aux conséquences extrêmes, nous devons nous opposer à leur arrogance, a expliqué le président génois. Une menace à laquelle le président de la Lazio Rome ne croit pas. Il ne jouera pas ? Je veux bien le voir et je ne me mettrai pas à pleurer si c’est le cas. Il pénalisera surtout ses supporteurs. En ce moment, il ne faut pas perdre le sens de la mesure a commenté Claudio Lotito. Je regrette qu’il adopte cette attitude, il doit se rappeler que nous sommes dans une démocratie, et que dans un libre marché ce genre de veto belliqueux ne conduit absolument à rien, a déclaré Lotito.

Réunion avec le ministre des Télécommunications

Galliani a annoncé que la prochaine assemblée générale de la ligue, le 27 janvier, serait consacrée aux droits TV. Avant cette date, le ministre italien des Télécommunications, Mario Landolfi, a convoqué tout le monde. Il faut éviter ce boycott, une telle initiative aurait des répercussions négatives sur tout le système télévisuel, a déclaré Mario Landolfi, qui a convoqué une réunion au sommet avec les représentants de la Fédération italienne de football, du comité olympique italien et des chaînes de télévision. Il nous faut trouver un accord, a ajouté le ministre.

Le début de la saison 2002-2003 de Serie A avait été reporté de deux semaines pour un problème similaire. Une telle situation de blocage pourrait se produire à nouveau.