En associant son nom au futur stade milanais pour 650 M€ jusqu’en 2052, Generali finance une part notable d’un projet évalué à 1,2 Md€. Il devient surtout la seule marque capable de s’afficher durablement des deux côtés, là où l’Inter et l’AC Milan n’ont jamais partagé qu’un lieu.
Jeudi 29 octobre, au Castello Sforzesco de Milan, l’Inter et l’AC Milan dévoilent le Generali Stadium, une enceinte de 71 500 places (contre 75.000 actuellement pour Giuseppe-Meazza) dessinée par Foster + Partners et Manica, qui doit accueillir les deux clubs à partir de la saison 2031-2032. Les travaux démarrent en 2028, après le rachat par les deux clubs du stade actuel et des parkings adjacents pour 197 M€ à la ville. Le contrat de naming porte sur 650 M€ jusqu’en 2052, soit 25 ans et une valeur moyenne d’environ 26 M€ par an, selon Il Sole 24 Ore. L’assureur triestin devient aussi partenaire officiel d’assurance des deux clubs.
Le paradoxe du sponsor de deux rivaux
La mécanique juridique compte autant que le montant. Generali négocie avec la société commune créée par l’Inter et le Milan, ce qui lui évite d’arbitrer entre deux maisons et lui garantit un nom unique sur la façade, quel que soit le club qui reçoit. Le groupe prolonge ainsi une configuration déjà expérimentée par Enel, sponsor des deux équipes à San Siro depuis la saison dernière, qui a ouvert la voie à ce type d’accord partagé.



Le fait que les deux clubs soient contrôlés par deux fonds d’investissement américains (Oaktree pour l’Inter, RedBird pour l’AC Milan) explique en partie ce tour de force inimaginable du temps des précédents propriétaires. Il n’empêche. Chaque euro versé à l’un est, en théorie, retiré de la poche de l’autre. Le stade commun et son financement obligent pourtant à mutualiser ce que la compétition sportive sépare. Sur le terrain social, le consensus reste fragile : des membres de la Curva Nord de l’Inter ont manifesté le jour même de l’annonce devant le Castello Sforzesco, sous un message hostile au projet : « Laissez-nous notre stade, les lumières de San Siro ne s’éteindront jamais », ont-ils chanté avant la présentation. Enfin, il manque encore l’aval administratif pour lancer le chantier.
Ce que Generali achète pour vingt-cinq ans
Le nom du géant italien de l’assurance sera affiché à l’extérieur, de manière bien visible. Pour l’assureur, la contrepartie se lit sur plusieurs plans. Son président et son directeur général, Andrea Sironi et Philippe Donnet, présentent l’équipement comme « un nouveau symbole de Milan ». Le statut de partenaire officiel d’assurance des deux clubs et les quelque 13 000 places premium ouvrent un terrain commercial auprès des particuliers comme des entreprises. Les détails des droits d’activation ne sont pas rendus publics. Le calendrier ajoute une fenêtre d’exposition : le stade doit être l’un des sites de l’Euro 2032, que l’Italie coorganise avec la Turquie.
Le naming annoncé est d’abord un point d’ancrage entre deux communautés que tout oppose. Reste à savoir si le nom commun suffit à fédérer, ou s’il restera le seul élément partagé par les deux tribunes.

