Le gouvernement allemand autorise la reprise de la Bundesliga, à huis clos, à partir de mi-mai, malgré les risques sanitaires et les critiques venues d’autres disciplines sportives. La date exacte de reprise sera fixée par la Ligue allemande de football (DFL).

Plus de deux mois après l’interruption des compétitions en raison de la pandémie, la Bundesliga sera le premier championnat de football majeur à redémarrer, sur la base de mesures sanitaires draconiennes. «La Bundesliga peut reprendre à partir de la deuxième moitié de mai en respectant les règles qui ont été convenues», a déclaré mercredi la chancelière Angela Merkel, à l’issue d’une réunion avec les régions consacrée aux mesures de déconfinement. La DFL plaidait pour cette reprise, cruciale pour l’équilibre économique d’un secteur qui emploie en Allemagne 56.000 personnes. Si les neuf dernières journées de Bundesliga (première et deuxième divisions) peuvent se disputer, les clubs allemands récupéreront 300 M€ de droits TV.

Alors que l’Allemagne bénéficie d’un bilan sanitaire meilleur que ses voisins face à la pandémie, la Ligue a présenté aux pouvoirs publics un protocole médical très complet, fondé sur la multiplication des tests de détection du coronavirus et sur d’innombrables mesures de protection, qui permettront selon elle de relancer la compétition à moindres risques. Le danger, s’il paraît statistiquement faible, n’est cependant pas négligeable. Lundi, la Ligue allemande de football a annoncé que dix personnes sur les 1724 testées dans les 36 clubs de première et deuxième divisions étaient positives.

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Au classement, le Bayern Munich était en tête lors de l’interruption après 25 journées, avec quatre points d’avance sur Dortmund, et peut viser son 8e titre de champion consécutif.

Selon le protocole mis en place, toute personne prenant part à un entraînement ou à un match sera testée au moins une fois par semaine. Les cas positifs seront placés en quarantaine, mais le reste du groupe ne le sera pas obligatoirement. Pour les matches, 300 personnes seront autorisées au maximum. Les poignées de main, les photos de groupe et autres contacts non indispensables seront interdits. Les remplaçants n’occuperont qu’un siège sur deux sur le banc de touche. Les mesures d’hygiène et de prévention couvrent les entraînements, les déplacements et les hébergements.

Ce retour du football est loin de faire l’unanimité. «L’Etat vend la santé de la population et des gens malades au football, c’est pervers», s’est emporté le champion du monde 2017 du javelot Johannes Vetter, dans une interview à un journal régional. L’ancienne championne du monde du poids Christina Schwanitz estime que le football bénéficie de passe-droits inacceptables: «Je ne trouve pas ça bien que le football ait cette position particulière et s’assoie sur tout le reste, juste parce qu’il génère beaucoup d’argent». Quant à la championne d’Europe de plongeon Tina Punzel, elle trouve «regrettable que des milliers de tests soient utilisés» pour le football, reprenant un argument maintes fois entendu ces derniers jours en Allemagne.

La Serie A espère

La France a tiré un trait sur la fin de saison la semaine dernière. L’Angleterre et l’Espagne espèrent, au mieux, reprendre en juin. D’autres pays ont déjà fixé leur date de reprise, dont la Serbie (30 mai) ou encore la Turquie (12 juin). Le gouvernement belge a annoncé mercredi suspendre l’organisation de toutes les compétitions sportives dans le pays jusqu’au 31 juillet, ouvrant la voie à un arrêt définitif de la saison de football tel que souhaité par la majorité des clubs professionnels en Belgique. Pour la Serie A italienne, le doute sur la reprise demeure important. Le ministre des Sports italien Vincenzo Spadafora a prévenu mercredi qu’il était «impossible de fixer une date» pour une reprise du championnat italien de football alors que le pays poursuit sa lutte contre la pandémie. «Nous devons attendre des données sur la courbe des contagions au cours des deux prochaines semaines, car il y a seulement deux jours que le pays a entamé la phase de déconfinement progressif. Ce n’est qu’alors que le gouvernement pourra décider», a-t-il souligné lors des questions au Parlement italien.

Les joueurs ont été autorisés à reprendre l’entraînement individuel dans les centres sportifs des équipes cette semaine, mais doivent attendre le 18 mai au plus tôt pour pouvoir s’entraîner en groupe. Jeudi, la Fédération italienne de football (FIGC) rencontrera le comité scientifique technique du gouvernement pour discuter du protocole médical de l’entraînement de groupe. «Nous espérons que cette audience donnera le feu vert aux séances collectives d’entraînement, sachant également que le football ne permet pas les distances de sécurité ou l’utilisation d’équipements de protection individuelle», a poursuivi le ministre, ajoutant toutefois que la pression pour une reprise du football était «tout à fait incompréhensible aux yeux de millions d’Italiens inquiets pour leur santé et leur travail».