La 36e édition de la Coupe de l’America n’aura lieu qu’en 2021 à Auckland (Nouvelle-Zélande), mais déjà les défis se préparent. Désireux de disputer à nouveau cette compétition qui se refuse à la France, Franck Cammas ne devrait pas pouvoir compter sur son partenaire historique, Groupama.

Les contours de la prochaine édition ont été dévoilées par les Néo-Zélandais. Les détenteurs du plus vieux trophée sportif du monde ont choisi de revenir aux fondamentaux. A savoir un monocoque en lieu et place des multicoques à ailes rigides utilisés cet été. «On n’a pas été surpris par le Protocole publié. Le retour au monocoque, ce n’était pas une surprise non plus», estime le skipper Franck Cammas, s’exprimant après l’annonce des Kiwis. Chef de file de Groupama Team France, sur la dernière «Cup», le Français apprécie modérément ce retour en monocoque mais n’a pas d’autre choix que de faire avec : «Je pense que c’est un retour en arrière mais je conçois qu’on puisse avoir des visions divergentes. Ces monocoques peuvent être intéressants.» Le type de bateau retenu est tout de même un cousin éloigné du VOR sur lequel il a gagné la Volvo Ocean Race (le tour du monde en équipage et avec escales) avec Groupama en 2012. Dans le Protocole, Cammas apprécie les règles de nationalité, avec notamment l’obligation de construire la coque dans le pays du syndicat : «C’est une garantie d’avoir des retombées en France pour l’industrie.» Et donc un argument pour tenter de convaincre des partenaires. Le prochain bateau de la Cup sera toutefois plus coûteux de l’avis de Cammas puisque plus grand. «La dernière fois on était sur quinze millions d’euros par an, là on va devoir monter à vingt-deux sur trois ans et demi pour pouvoir partir raisonnablement et avec des ambitions fortes», évalue le marin, en recherche de budget.

Si Norauto a déjà fait part de son soutien (la marque s’est engagée sur deux campagnes à hauteur de 5 millions d’euros), Groupama se tiendra en retrait. L’assureur n’a pas communiqué officiellement sur le sujet, mais le partenaire de toujours de Franck Cammas (depuis vingt ans) n’en sera pas. «Je ne veux pas parler en leur nom mais ils vous répondront qu’ils n’iront pas sur la prochaine Coupe, a confié le skipper français. Leur stratégie n’est pas adaptée à cette Coupe qui va devenir, en se jouant en Nouvelle-Zélande, très internationale. Ils se recentrent sur le territoire français.» L’assureur avait laissé deviner ses intentions lors de la dernière édition : «On verra en fonction de notre bilan et du format de la prochaine édition si on reste aux côtés de Franck et selon quelles modalités», avait indiqué Sylvain Burel, en charge du sponsoring chez Groupama, en déplorant «la trop faible médiatisation en France par rapport à d’autres pays». D’ailleurs, Groupama avait déjà hésité à entrer dans l’aventure, refusant dans un premier temps quand les bateaux devaient être des 62 pieds, trop coûteux.

Les Français fâchés avec la Coupe de l’America

La course à l’aiguière d’argent étant aussi une course au budget, la question va devenir primordiale au cours des prochains mois. Cammas assure «explorer d’autres pistes de financement» qu’il devrait dévoiler au salon nautique, à Paris en décembre (du 2 au 10). Son partenaire historique en partance, Cammas ne semble pas inquiet quant à sa capacité à boucler son budget : «Parce qu’on part en même temps que les autres cette fois, et pas avec un an de retard comme la dernière fois. Les règles changent mais elles changent pour tout le monde. On va faire en sorte que la prochaine Coupe se court avec nous.» Les fondamentaux restent les mêmes. La corrélation entre le budget et les résultats sportifs est élevée. D’ici 2021, le budget annuel est estimé à 22 millions d’euros par an, soit 5 à 7 millions de plus par an que le précédent. Pour la 35e édition, le budget total (bouclé tardivement) était de 30 millions d’euros (dont 80 % assumés par Groupama), soit le plus petit budget des équipes engagées. La majeure partie des équipes tournaient autour de 100 millions ! Team France a été le premier éliminé aux Bermudes.

 

Les grandes lignes du Protocole

Inscriptions : Les challengers peuvent s’inscrire entre janvier et le 31 décembre 2018.
Bateau : Un monocoque de 75 pieds avec 10 à 12 marins à bord. Chaque syndicat sera limité à deux bateaux. Le lancement du premier ne peut s’effectuer avant le 31 mars 2019. Le second avant le 1er février 2020.
Règles de construction : La coque doit être construite dans le pays d’origine de l’équipe.
Règles de navigation : Les équipes ne sont autorisées à naviguer qu’avec un seul bateau à l’exception du defender Team New Zealand, durant les périodes des Challenger Series. Pas d’entrainement entre les équipes hors des périodes de courses.
Règles de nationalités : Le pourcentage est fixé à 20 % ou 3 marins nationaux minimum à bord. Les non citoyens devront résider physiquement 380 jours sur 2 ans dans le pays du yacht club entre septembre 2018 et le 31 août 2020.
Date et lieu : Les Challengers Series se dérouleront à Auckalnd en janvier-février 2021. La 36e Coupe de l’America sera à Auckland en mars 2021. Le lieu précis sera annoncé au plus tard le 30 aout 2018. Si la Coupe ne pouvait avoir lieu à Auckland, elle pourrait se dérouler en Italie, pays du challenger of record, Luna Rossa.