Nous sommes maintenant loin des débuts de l’économie collaborative. Accusé de concurrence déloyale par les hôteliers ou bien de chasser les habitants des villes les plus touristiques, en favorisant l’inflation des loyers, Airbnb tente de redorer son image en s’associant au Comité international olympique (CIO). Pied de nez incroyable aux relations tendues qu’entretiennent le géant américain et la Ville de Paris, Airbnb sera, de fait, sponsor lors des Jeux olympiques de Paris en 2024.

On le présentait depuis des mois. Le chemin était même tracé depuis qu’Airbnb avait rejoint la liste des partenaires du Comité d’Organisation des Jeux olympiques de Rio 2016. Le géant américain qui a popularisé la location de logements entre particuliers passe à une autre échelle. Airbnb et le Comité International Olympique (CIO) officialisent la signature d’un partenariat jusqu’en 2028. Airbnb rejoint le programme TOP du CIO et devient l’un des principaux sponsors des Jeux Olympiques. « Ce partenariat, qui couvrira cinq éditions des Jeux sur neuf ans, a pour but de créer une nouvelle norme en matière d’hébergement, une norme qui sera gagnante pour les villes hôtes, pour les spectateurs et les fans, mais aussi pour les athlètes » précise le CIO. Officiellement, Airbnb devient le partenaire olympique mondial dans la catégorie exclusive des « Produits d’hébergement uniques et Services d’expérience uniques ».

Outre des milliers de logements mis en avant par Airbnb à l’occasion des olympiades d’été et d’hiver de Tokyo 2020, Pékin 2022, Paris 2024, Milano Cortina 2026 et Los Angeles 2028, la plateforme offrira aux athlètes la possibilité de générer des revenus en proposant des expériences inédites en leur compagnie. « L’accord comprend des dispositions relatives à l’hébergement qui permettront de réduire les coûts pour les organisateurs des Jeux Olympiques et les autres parties prenantes, de réduire au minimum les besoins en matière de construction de nouveaux logements pour la période des Jeux, et de générer un revenu direct pour les résidents et hôtes locaux. En coopérant avec le Comité International Paralympique (IPC), Airbnb fera également la promotion d’un hébergement qui favorise l’accessibilité des personnes en situation de handicap ou ayant d’autres besoins en matière d’accessibilité. » Selon le Financial Times, l’accord serait valorisé à quelques 500 millions de dollars entre l’apport en cash de la plateforme et la valorisation des hébergements mis à disposition.

« Ce partenariat novateur renforce notre stratégie qui est de s’assurer que l’organisation efficace des Jeux Olympiques est durable et laisse un héritage à la communauté hôte. Avec le soutien d’Airbnb, nous offrirons également de nouvelles possibilités aux athlètes du monde entier de générer leurs propres revenus en faisant la promotion de l’activité physique et des valeurs olympiques » ajoute Thomas Bach, le Président du CIO. « Ce partenariat profitera directement aux athlètes, en plus des 5 milliards de dollars que le CIO leur distribue durant cette Olympiade via les comités d’organisation et les organismes sportifs du monde entier. » « Ces expériences qui font la promotion du sport et de l’activité physique incluront par exemple la possibilité de s’entraîner avec un olympien ou encore d’explorer une ville avec un athlète d’élite. Dans les prochains mois, Airbnb et le CIO apporteront, par le biais de la plateforme Athlete365 du CIO, un soutien et une formation aux athlètes qui souhaiteraient devenir des hôtes sur la plateforme « expériences » d’Airbnb » ajoute le communiqué. Tout au long du partenariat, le CIO mettra à la disposition des athlètes olympiques et paralympiques des logements Airbnb d’une valeur totale d’au moins 28 millions de dollars pour leurs déplacements lors de compétitions et entraînements. « Au nom de la commission des athlètes, je suis ravie que notre nouvel accord mondial avec Airbnb profitera directement aux athlètes » a ajouté Kirsty Coventry, présidente de la commission des athlètes du CIO. « Ces derniers auront non seulement des possibilités de revenus directs en partageant leur passion pour le sport grâce aux services d’expérience avec des olympiens, mais aussi un soutien direct pour leurs besoins en matière d’hébergement. Nous œuvrons pour autonomiser les athlètes du monde entier sur l’aire de compétition et en dehors, et cet accord est un autre exemple qui montre comment nous soutenons et encourageons les athlètes tout au long de leur carrière. »

Des contentieux avec la Ville de Paris à purger

Qu’en pense la Ville de Paris, hôte des JO 2024 ? Plusieurs contentieux opposent le géant américain à la Ville de Paris, à moins de cinq ans des JO dans la capitale française. En février, la mairie de Paris a ainsi assigné en justice la plateforme, passible d’une amende de 12,5 millions d’euros pour avoir mis en ligne 1 000 logements non enregistrés. Populaire auprès de millions de touristes, Airbnb s’est attiré les foudres des professionnels de l’hôtellerie qui l’accusent de réduire leurs parts de marché et réclament aux autorités un meilleur contrôle de ses activités. Airbnb devrait verser au fisc seulement 148 138 euros d’impôt sur les sociétés au titre de l’année 2018, soit 8% de moins que pour l’année 2017, selon le magazine Challenges.

L’alliance avec le CIO est annoncée quelques jours après la décision d’Airbnb de vérifier l’exactitude des informations concernant la totalité des 7 millions de locations proposées sur son site d’ici fin 2020.


La maire de Paris écrit au CIO
La Ville de Paris, en contentieux avec Airbnb, n’apprécie pas l’accord. Anne Hidalgo a écrit une lettre au président du CIO, Thomas Bach,pour l’« alerter sur les risques et les conséquences » d’un tel sponsoring. La maire pointe l’augmentation du prix des loyers et l’aggravation de la pénurie de logements et s’est dite déterminée à « obtenir un renforcement des règles encadrant les plateformes de location et, le cas échéant, à les faire interdire » dans certains secteurs de Paris.

Les hôteliers suspendent leur participation à l’organisation des Jeux
Les hôteliers français ont qualifié « d’outrageux » le choix du Comité international olympique de nouer un partenariat avec Airbnb, jugeant que la plateforme « joue de la déréglementation dans tous les pays ». À l’occasion du 67e congrès de l’UMIH, principale organisation patronale de leur secteur, à Biarritz, ils ont annoncé suspendre leur participation à l’organisation des JO 2024. « Où est la moralité ?, s’est interrogé Roland Héguy, le président de l’UMIH. Nous avons été très surpris (de ce partenariat), alors que nous avons travaillé depuis la phase de candidature avec l’équipe d’organisation des Jeux Olympiques 2024 à Paris. » Un tel partenariat avec Airbnb, que les hôteliers accusent de concurrence illégale, est « totalement irrespectueux envers les professionnels de l’hôtellerie », très impliqués dans cette phase préparatoire, et alors que « l’offre hôtelière parisienne et francilienne était un atout dans le dossier de candidature de la ville de Paris », a estimé l’UMIH. « Ce partenariat est inopportun et il est outrageux de faire de cette entreprise qui joue de la déréglementation dans tous les pays du monde un partenaire mondial du CIO », ont ainsi affirmé dans une déclaration commune Roland Héguy, Laurent Duc, président de la branche hôtellerie de l’UMIH, et Jean-Virgile Crance, président du Groupement national des chaînes hôtelières (GNC). « Faut-il revenir sur les contrats globalisés passés entre les hôteliers et l’équipe d’organisation des J.O. ? », s’interrogeait l’UMIH.

De son côté, le GNI, qui représente les indépendants de l’hôtellerie et de la restauration, a estimé qu’Airbnb, qui « ne respecte pas les règles, doit être disqualifié ! », et a affirmé son intention de saisir le Comité d’éthique du CIO, tout comme le Comité d’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024.

En réponse, Airbnb estime que « cet accord historique vise à permettre aux villes hôtes d’accueillir les Jeux de manière plus locale, authentique et durable ». Rappelant avoir déjà soutenu les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016 et les Jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang en 2018 en tant que sponsor national, la plateforme affirme que ses « valeurs sont en phase avec celles du mouvement olympique ».