Les coureurs de l’équipe cycliste de l’Armée de terre ont eu confirmation que la formation atypique ne repartira pas en 2018. Le ministère des Armées, qui a pris la décision d’arrêter l’équipe, continuera à tenir ses engagements financiers auprès des 13 coureurs encore sous contrat. Mais beaucoup d’autres vont rester sur le carreau.

Pour plusieurs membres de la formation, c’est un coup de massue. La décision du ministère des Armées précipite 35 personnes dans l’inconnu alors que l’équipe cycliste de l’Armée de terre, basée à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), vient de connaître sa meilleure saison avec 24 succès (1re équipe mondiale de 3e division). Formation créée en 2011, et passée pro en 2015, elle donnait une autre image de l’institution. Née du regroupement des meilleurs cyclistes de l’Armée de terre, l’équipe, championne de France de division nationale en 2014 avait bénéficié lors de son passage à l’échelon continental d’un statut spécial, puisque ses coureurs étaient militaires. Plusieurs de ses éléments ont ensuite quitté la tenue kaki pour rejoindre ultérieurement des formations WorldTour, comme Julian Alaphilippe, Julien Duval ou Benjamin Thomas. Si elle possède de nombreux sponsors privés (véhicules, vélos, équipements, accessoires…) qui assurent environ 50 % de son budget (1,6 million d’euros), l’équipe dépend surtout du ministère des Armées.

Jean-Yves Le Drian, 1er supporter de l’équipe

Ces dernières années elle bénéficiait de la bienveillance de Jean-Yves Le Drian. Cet amoureux de cyclisme avait été à l’origine, avec David Lappartient, le nouveau président de l’UCI, de son passage chez les pros. «Nous voulons valoriser le lien sport-défense et, dans ce cadre, stimuler une élite interne, qu’on appelle l’armée des champions. On ne se paie pas une équipe de cyclistes, ce sont des militaires», avait-il expliqué lors du passage du groupe dans le peloton professionnel. «Cette équipe sera un identifiant, un symbole pour l’Armée de terre. L’Armée de l’air a la Patrouille de France, la Marine a le bagad de Lann-Bihoué. L’Armée de terre n’avait rien». Ministre de la Défense lors du quinquennat de François Hollande, il est devenu ministre des Affaires étrangères depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Florence Parly, l’actuelle ministre des Armées, n’a pas la même relation au cyclisme. Selon Le Parisien, le ministère s’est engagé à tenir ses engagements financiers auprès des coureurs encore sous contrat militaire pour un, deux ou trois ans. Treize coureurs (Bryan Alaphilippe, Fabien Canal, Romain Campistrous, Bastien Duculty, Thibaut Ferasse, Morgan Kneisky, Kevin Lebreton, Romain Le Roux, Jordan Levasseur, Romain Le Roux, Jimmy Raibaud, Thomas Rostollan et Steven Tronet) sont concernés. Les contrats des recrues prévues pour 2018 (Maxime Bonsergent, Benjamin Giraud, Tony Hurel, David Menut, Louis Pijourlet, Rémy Rochas, Fabien Schmidt) ne seront en revanche pas homologués. L’association des coureurs professionnels français (UNCP) déplore «cette décision trop tardive qui met les coureurs et le personnel d’encadrement dans une situation très préoccupante». Elle demande à la Ligue nationale de cyclisme et à la Fédération française «de solliciter une entrevue avec le ministère concerné pour débattre sur le devenir des coureurs». Dans la perspective de Paris 2024, cet arrêt aura également des conséquences car l’équipe de l’Armée de terre soutient de nombreux pistards français (7 titres mondiaux au total).